Ce que crée le nouvel arrêté
Le texte de référence est l'arrêté du 7 août 2026 fixant les modalités de formation spécifique des infirmiers en pratique avancée pour la prescription de traitements antibiotiques pour des infections identifiées à l'aide de tests rapides d'orientation diagnostique, consultable sur Légifrance. Il fixe le cahier des charges d'une formation spécifique, condition sine qua non de l'exercice de cette nouvelle prescription. Pour l'IDEC, c'est un texte à connaître avant même de recevoir la première demande d'un IPA de l'équipe souhaitant s'inscrire à cette formation : il détermine qui peut prescrire, dans quel cadre clinique, et avec quelles garanties de traçabilité.
Le texte encadre également les tests eux-mêmes : l'infirmier en pratique avancée peut réaliser les tests rapides d'orientation diagnostiques mentionnés à l'annexe I de l'arrêté du 18 juillet 2018 susvisé revêtus d'un marquage CE. Un point de vigilance simple à intégrer dans une procédure interne : vérifier le marquage CE des dispositifs mis à disposition des IPA avant tout déploiement.
Deux voies cliniques, deux logigrammes
L'arrêté distingue deux situations cliniques, chacune associée à son propre logigramme de décision et à sa propre formation. Avant toute prescription, dans les deux cas, l'infirmier en pratique avancée vérifie respectivement que la personne ne présente pas de critères d'exclusion reconnus à l'interrogatoire et à l'évaluation clinique, d'autres critères d'exclusion ou de signes de gravité précisés aux annexes I et II du présent arrêté. C'est cette étape de vérification systématique qui structure toute la logique du texte : le TROD n'autorise la prescription qu'une fois les exclusions écartées.
Pour l'équipe, cela signifie que la formation ne se limite pas à « lire un test » : elle porte d'abord sur le repérage des situations qui doivent renvoyer vers un médecin plutôt que vers une prescription infirmière.
Voie angine à streptocoque : contenu et durée de la formation
La formation comprend une partie théorique d'une durée maximale de 3 heures qui peut être réalisée en e-learning et une formation pratique d'une durée maximale d'une heure (séquence 3) qui est réalisée en présentiel ou en classe virtuelle. Elle se décompose en séquences ciblées : la Séquence 1 : Symptômes de l'angine et prise en main du logigramme - 1 heure, puis la Séquence 2 : Observation des amygdales et score de Mac Isaac - 1 heure.
Le score de Mac Isaac, outil central de cette voie, fonctionne par points : Absence de toux + 1 pt Adénopathies cervicales antérieures sensibles + 1 pt Température > 38° + 1 pt Atteinte amygdalienne (enflure ou exsudat) + 1 pt Age > 45 ans - 1 pt. C'est un outil que l'équipe connaît déjà en partie via les protocoles de coopération existants, ce qui facilite l'appropriation.
Parmi les critères qui écartent la prescription : une durée d'évolution des symptômes > 8 jours ; - fièvre > 39,5° font partie des critères d'exclusion reconnus à l'interrogatoire. Sur le fond thérapeutique, la Haute Autorité de Santé retient que le traitement de référence de l'angine bactérienne confirmée chez l'adulte est l'amoxicilline : 2 g par jour en 2 prises par jour, pendant 6 jours.
Voie cystite aiguë simple : contenu et durée de la formation
Pour la seconde voie, plus courte : la formation est d'une durée maximale de 2 heures dont tout ou partie peut être réalisée en e-learning. Elle démarre par la Séquence 1 : signes et symptômes de la cystite aiguë simple et prise en main du logigramme - 1 heure, puis se poursuit sur le volet thérapeutique : la formation doit permettre de connaître les antibiotiques que l'infirmier en pratique avancée peut prescrire dans le contexte d'un test positif, leurs posologies, leur voie d'administration, leurs contre-indications, la durée de traitement et leurs effets indésirables.
Le volet information de la patiente n'est pas accessoire : l'IPA doit indiquer de consulter rapidement un médecin si : apparition de nouveaux symptômes, apparition d'un critère de gravité (fièvre, symptômes évocateurs de pyélonéphrite, altération de l'état général) dans les 24 heures. Un point à intégrer dans toute fiche de liaison remise à la patiente à l'issue de la consultation.
Bon usage des antibiotiques, formateur et validation
Les deux voies partagent un socle commun sur le bon usage des antibiotiques et lutte contre l'antibiorésistance (recommandations de la Haute Autorité de santé en vigueur et autres références bibliographiques pertinentes). Ce socle n'est pas un détail de programme : il répond à un contexte national tendu, puisque la consommation d'antibiotiques atteint 22,1 DDJ/1 000 habitants/jour, soit une augmentation de 5,4% par rapport à 2023 selon Santé publique France. C'est cette hausse qui justifie l'encadrement strict posé par l'arrêté.
Sur l'encadrement pédagogique, le texte impose que la formation devra obligatoirement associer un médecin en qualité de concepteur et de formateur pour l'ensemble des séquences. À défaut d'intervention directe sur toutes les séquences, il faut au minimum qu'un médecin puisse répondre aux questions des participants qui relèvent de sa compétence, sous un délai de 48 heures. Une alternative existe si ce délai n'est pas tenu : le formateur est un infirmier en pratique avancée qui atteste « avoir été préalablement formé par un médecin. »
Côté validation, le principe est identique pour les deux voies : une attestation de formation est délivrée sous réserve de valider a minima 8 items sur 10. Pour la voie cystite, le contenu du QCM est précisé : les infirmiers en pratique avancée compléteront un QCM de 10 items portant sur les compétences acquises au cours de la formation dont les critères d'exclusion, l'interprétation du test urinaire d'orientation diagnostique de recherche a minima de nitriturie et de leucocyturie et la prescription. Enfin, pour la traçabilité DPC, l'arrêté précise que l'organisme ou la structure de formation indique, sur l'attestation de formation, son numéro d'enregistrement auprès de l'Agence et le numéro d'enregistrement de l'action — un point à vérifier avant de valider un plan de formation, au même titre que les formations obligatoires en EHPAD déjà suivies par l'équipe.
Dispenses : les IPA déjà formés aux protocoles antérieurs
Les IPA ayant déjà suivi certains protocoles de coopération n'ont pas à repartir de zéro : l'infirmier en pratique avancée est dispensé de tout ou partie de la formation mentionnée au précédent article, lorsqu'il a déjà suivi et validé les formations correspondantes. Pour l'IDEC, c'est un point à vérifier dossier par dossier avant d'inscrire un IPA à l'intégralité du programme : un recensement des attestations déjà détenues dans l'équipe évite une dépense de formation redondante. C'est aussi l'occasion de vérifier les compétences déjà acquises par les IPA de l'établissement.
La limite qui ne couvre pas les résidents d'EHPAD
C'est le point d'attention le plus concret pour un IDEC exerçant en établissement pour personnes âgées : les deux voies n'ont pas le même périmètre d'âge. La voie cystite est bornée : le logigramme dédié encadre le cas d'une « PATIENTE ÂGÉE ENTRE 16 ET 65 ANS PRÉSENTANT DES SYMPTÔMES ÉVOCATEURS DE CYSTITE SANS FACTEUR DE RISQUE DE COMPLICATION ». Concrètement, cette voie ne couvre pas les résidentes d'EHPAD, dont l'âge dépasse très généralement cette borne haute.
La voie angine, en revanche, ne fixe pas la même borne haute : le logigramme correspondant vise tout « PATIENT ÂGÉ DE PLUS DE 10 ANS AVEC DES SYMPTÔMES ÉVOCATEURS D'ANGINE ». Il n'y a donc pas lieu d'écarter par principe un résident d'EHPAD présentant des symptômes évocateurs d'angine — sous réserve, bien sûr, que les critères d'exclusion propres à cette voie soient vérifiés. Cette asymétrie mérite d'être expliquée clairement à l'équipe : un même IPA formé aux deux voies n'aura pas la même latitude de prescription selon qu'il évalue une cystite ou une angine chez un résident âgé.
Ce que l'IDEC a intérêt à organiser dès maintenant
Trois actions concrètes se dégagent pour l'encadrement. D'abord, identifier qui, dans l'équipe, est IPA et pourrait être concerné : la profession reste encore restreinte, puisque l'Ordre national des infirmiers recensait 2 367 IPA en France au niveau national, toutes mentions confondues — un vivier limité qu'il faut cartographier au sein de l'établissement plutôt que de le supposer. Consulter le rôle de l'IDEC en EHPAD permet de resituer cette compétence nouvelle dans le périmètre de coordination existant.
Ensuite, vérifier les attestations déjà en possession de chaque IPA au titre des protocoles de coopération antérieurs, pour cibler la formation dispensée plutôt que la formation complète. Ce travail de recensement peut s'appuyer sur les outils de suivi déjà utilisés pour le financement des formations via CPF et le plan de formation de l'établissement.
Enfin, poser clairement le périmètre clinique auprès de l'équipe soignante : la voie cystite ne s'applique pas aux résidents âgés de plus de 65 ans, la voie angine n'a pas cette limite haute. Cette distinction doit figurer noir sur blanc dans toute procédure interne encadrant l'usage des TROD par les IPA de l'établissement, aux côtés des procédures existantes sur le circuit du médicament.
Sources officielles
- Légifrance — Arrêté fixant les modalités de formation spécifique des IPA pour la prescription antibiotique via TROD
- Ordre national des infirmiers — Étude sur la démographie de la profession
- Haute Autorité de Santé — Choix et durées d'antibiothérapies : angine aiguë de l'adulte
- Santé publique France — Consommation d'antibiotiques en secteur de ville en 2024
