88 nouvelles places réparties sur quatre territoires

72 places pour les personnes âgées et 16 places pour les personnes vivant avec un handicap composent cette enveloppe, annoncée pour renforcer le maintien à domicile sur l'ensemble du territoire réunionnais. Ces chiffres sont détaillés dans la publication de l'ARS La Réunion consacrée à ces nouvelles places de soins à domicile.

La répartition territoriale de cette enveloppe distingue quatre bassins :

  • Est : 25 places, dont 20 pour les personnes âgées et 5 pour les personnes vivant avec un handicap
  • Ouest : 18 places, dont 15 pour les personnes âgées et 3 pour les personnes vivant avec un handicap
  • Sud-Ouest : 14 places, dont 10 pour les personnes âgées et 4 pour les personnes vivant avec un handicap
  • Sud : 31 places, dont 27 pour les personnes âgées et 4 pour les personnes vivant avec un handicap

Ces places permettront d’accompagner à domicile les personnes âgées dépendantes de plus de 60 ans et les personnes vivant avec un handicap. Leur mise en œuvre est prévue à partir du second semestre 2026.

Pour préparer leur création, l’ARS La Réunion et le Conseil départemental ont fixé par arrêté le calendrier prévisionnel des appels à projets. Les informations concernant les appels à projets et les modalités pour candidater seront communiquées lors de leur lancement — un délai qui laisse aux équipes de terrain le temps d'anticiper sans encore connaître le porteur retenu ni le type précis de service qui sera créé.

Une réforme nationale qui redessine les services à domicile

Cette annonce s'inscrit dans un mouvement de fond plus large. Le cadre applicable aux services d'aide et de soins à domicile a été profondément revu ces dernières années, prescrite par l'article 44 de la loi n° 2021-1754 du 23 décembre 2021 de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2022, dans le cadre de ce que la Cour des comptes documente sous le nom de réforme des services autonomie à domicile.

La tarification des SSIAD et des SAAD répond historiquement à des logiques différentes : une allocation des ressources par dotation globale pour les SSIAD et une facturation à l’heure pour les SAAD. Concrètement, pour les soins infirmiers, Le bilan de soins infirmiers (BSI) permet à l’infirmier, à la suite d'une prescription de soins pour une perte d’autonomie à domicile, de faire une évaluation de l’état de santé du bénéficiaire afin d’organiser un plan de soins infirmiers personnalisé. La prise en charge est ensuite forfaitisée à la journée : 13 € pour une prise en charge légère (BSA), 18,20 € pour le forfait intermédiaire (BSB), 28,70 € pour le forfait de prise en charge lourde (BSC).

Le mouvement est aussi porté par la demande : à l'échelle nationale, le nombre de personnes à domicile ayant besoin d'une aide à l'autonomie devrait passer de 1,49 million en 2025 à 1,85 million en 2035.

Le vieillissement de la population accélère la demande d'autonomie

Selon la DREES, En 2021, parmi les 18 millions de personnes de 60 ans ou plus vivant en France, plus de 2 millions sont en perte d’autonomie, dont un tiers en perte d’autonomie sévère. À l'horizon des prochaines décennies, le nombre de seniors en perte d’autonomie augmenterait jusqu’aux années 2050 pour approcher 2,8 millions, selon cette étude sur les seniors en perte d'autonomie supplémentaires d'ici 2050.

Cette hausse ne se répartit pas uniformément sur le territoire : l’augmentation serait plus marquée dans l’ouest de l’Hexagone, en Île‑de‑France hors Paris et dans les départements d’outre-mer. La DREES explique ce phénomène par un effet de cumul : Ces territoires, moins âgés en 2021 que ceux du centre ou du nord‑est, cumuleraient vieillissement de la population et arrivée de seniors depuis les métropoles et le nord‑est de la France.

La Réunion, un territoire déjà sous tension

L'île n'est pas prise au dépourvu : elle affiche déjà des indicateurs plus marqués qu'en métropole. En 2015, 23 300 seniors sont en perte d’autonomie à La Réunion. 18,7 % des 60 ans ou plus ont perdu leur autonomie contre 15,3 % en métropole.

Une étude de l'Insee prolonge la trajectoire : Si les tendances démographiques récentes se maintenaient, 65 100 personnes âgées de 60 ans ou plus seraient en perte d’autonomie en 2050 à La Réunion, soit trois fois plus qu’en 2015. La perte d’autonomie toucherait une part plus importante de seniors qu’au niveau national (22,5 % contre 16,3 %), selon cette étude Insee Analyses Réunion sur les seniors en perte d'autonomie.

Autre point de fragilité, structurel celui-là : les capacités d’accueil y sont plus réduites : 1,2 place pour 100 seniors contre 4,6 en métropole. Or l'accompagnement mobilise déjà beaucoup de bras : En 2015, l’accompagnement de la perte d’autonomie des seniors réunionnais mobilise 5 700 emplois en équivalents temps plein (ETP), et À l’horizon 2030, 3 800 ETP supplémentaires seraient nécessaires, dont 3 200 pour accompagner les seniors à domicile et 600 pour aider ceux en institution. Ces projections, antérieures à cette annonce, replacent la mesure dans une trajectoire de besoins qui la dépasse largement.

Ce que ça change pour la coordination domicile-EHPAD

Pour les équipes de coordination, la question n'est pas seulement celle du nombre de places : c'est aussi celle de la continuité du parcours entre le domicile et l'établissement. Ce principe de continuité est posé dans le code de l'action sociale et des familles, dont un article définit précisément la mission de coordination confiée à ce service : le service public départemental de l'autonomie facilite les démarches des personnes âgées, des personnes handicapées et des proches aidants, en garantissant que les services et les aides dont ils bénéficient sont coordonnés, que la continuité de leur parcours est assurée.

Sur le terrain, cette coordination repose largement sur le rôle de coordination de l'IDEC, souvent en première ligne pour articuler les admissions, les sorties d'hospitalisation et les relais avec les services à domicile. Plus de places de soins infirmiers à domicile signifie, du côté de l'EHPAD, davantage de résidents qui restent chez eux plus longtemps avant une entrée en établissement — ou qui en sortent plus tôt, avec un suivi renforcé à la maison. Cela suppose des procédures de sortie et d'admission mieux articulées avec les nouveaux services annoncés, et des outils de suivi partagés entre les professionnels du domicile et ceux de l'établissement.

Ce que l'annonce ne précise pas encore

Plusieurs inconnues subsistent à ce stade. Le document de l'ARS ne précise pas le type exact de service qui sera créé — service de soins infirmiers à domicile, service d'aide et d'accompagnement, ou service autonomie à domicile fusionné. Le montant du financement alloué à ces nouvelles places n'est pas non plus communiqué, pas plus que les structures qui seront chargées de les mettre en œuvre : Les informations concernant les appels à projets et les modalités pour candidater seront communiquées lors de leur lancement. Pour les cadres de coordination, cette période d'attente est aussi une fenêtre pour préparer les circuits d'orientation avant que les appels à projets ne soient officiellement lancés.

Un enjeu de compétences pour les métiers de la coordination

Cette montée en charge de l'offre à domicile s'ajoute à un besoin de compétences déjà documenté localement, sur fond de trajectoire démographique qui ne laisse guère de répit. Pour les infirmiers coordinateurs et les cadres de santé qui exercent ou envisagent d'exercer en Outre-mer, comprendre les fondamentaux du métier d'IDEC et la manière dont il s'articule avec les services de soins à domicile devient un prérequis, à mesure que le maintien à domicile prend une place croissante dans les parcours de soins des personnes âgées et des personnes handicapées.