Une étude DREES sur le revenu des professionnels de santé libéraux hors médecins
La DREES met en ligne de nouveaux résultats sur des professionnels de santé libéraux (médecins, mais aussi chirurgiens-dentistes, infirmières, kinésithérapeutes et sages-femmes) en 2021 et son évolution depuis 2017. Ce communiqué porte la mention « Paru le 15/09/2026 », mais il décrit une période antérieure : il ne doit pas être lu comme une photographie de la situation actuelle.
La DREES précise que l'appariement Insee-Cnam-DGFiP, qui permet d'associer pour chaque professionnel de santé concerné des informations sur son activité et des données sur ses revenus d'activité sert de socle méthodologique à cette publication. Dans certains documents techniques, cette même base est aussi désignée sous le nom d'appariement Insee-DGFiP-Cnam-RPPS. Le détail de cette publication est consultable sur le site de la Drees, qui en précise également les limites et le champ.
Le revenu d'activité moyen des chirurgiens-dentistes, sages-femmes, infirmières et kinésithérapeutes a augmenté à des rythmes différents, ce qui invite à regarder chaque profession séparément plutôt qu'à raisonner par une moyenne unique.
Le revenu des infirmières progresse plus vite que celui des kinésithérapeutes
C'est le point central de cette publication pour la profession infirmière : le revenu d'activité annuel moyen des infirmières libérales s'établit à un niveau de 57 100 euros (+3,0 %) par an en moyenne sur la période. À titre de comparaison : Le revenu des kinésithérapeutes est de 51 100 euros (+1,4 %). L'écart de rythme est net : la progression annuelle moyenne des infirmières est plus de deux fois supérieure à celle des kinésithérapeutes sur la même période.
Ce rapprochement entre deux professions paramédicales proches par leur mode d'exercice libéral donne un repère de comparaison directe, sans qu'il soit besoin de convoquer d'autres données pour l'établir : les deux montants proviennent de la même publication et de la même méthodologie.
Sages-femmes en tête, dentistes stables
Pour resituer ce résultat, il faut regarder l'ensemble des professions étudiées par la DREES. Les sages-femmes libérales affichent la progression la plus marquée : celui des sages-femmes de 42 200 euros (+6,3%). Du côté des chirurgiens-dentistes : Le revenu d'activité annuel moyen des chirurgiens-dentistes s'établit à 118 100 euros en 2021, après une augmentation de +1,2 % par an, en moyenne, par rapport à 2017 (en euros constants) — le niveau le plus élevé, mais la progression la plus modérée.
La DREES explique cet écart chez les sages-femmes par des raisons propres à leur exercice : L'évolution plus élevée pour les sages-femmes s'explique par des modifications tarifaires, dont la revalorisation de la consultation et l'alignement tarifaire pour les actes qui peuvent être réalisés par d'autres professionnels. Rien de comparable n'est documenté dans cette publication pour expliquer spécifiquement la progression des infirmières, qui reste néanmoins la deuxième plus rapide des professions étudiées.
Des chiffres qui concernent l'exercice libéral, pas le salariat en Ehpad
Un point de méthode mérite d'être souligné avant toute lecture rapide de ces chiffres : ils mesurent un revenu d'activité indépendante, calculé à partir des déclarations fiscales et d'assurance maladie des professionnels installés en libéral. Ce n'est pas un salaire, et cette publication ne contient aucune donnée sur la rémunération des infirmières salariées, par exemple en établissement ou en Ehpad. Comparer directement ce revenu libéral à une fiche de paie de salarié reviendrait à comparer deux notions différentes, mesurées par des méthodes différentes.
Autre précision utile : ces résultats portent sur la période entre 2017 et 2021. Seule la mise en ligne du communiqué est récente ; les données elles-mêmes ne renseignent en rien la situation de 2026, et rien dans cette publication ne permet de prolonger la courbe au-delà de la période étudiée.
Une profession infirmière en expansion démographique
Ce contexte de revenu s'inscrit dans une dynamique démographique plus large de la profession. Selon l'Ordre national des infirmiers : On dénombre 565 553 infirmiers inscrits au tableau au 1er mars 2025. Ces données démographiques sont issues d'une étude que l'Ordre national des infirmiers a publiée sur la démographie de la profession, disponible en ligne.
Sur le segment libéral spécifiquement, l'Ordre indique que le nombre d'infirmiers libéraux sur le territoire est en augmentation, sans toutefois publier de total chiffré officiel repris dans le dossier de cette publication. Pour les cadres qui pilotent le recrutement ou accompagnent des IDE en projet d'installation, ce constat démographique s'ajoute aux repères déjà réunis dans notre guide métier IDEC et dans les pages consacrées aux parcours pour devenir IDEC.
Un contexte réglementaire distinct : la revalorisation récente des actes infirmiers
En parallèle de ces données de revenu, un contexte réglementaire plus récent mérite d'être signalé, sans qu'il faille pour autant l'y relier directement : les deux se situent à des dates différentes et ne mesurent pas la même chose. L'avenant 11 à la convention nationale des infirmiers, signé le 31 mars 2026 entre l'Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam), la Fédération nationale des infirmiers (FNI), le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil), est entré en vigueur le 6 mai 2026.
Cet avenant prévoit de faire évoluer la valeur de certains actes infirmiers : 3,35 € à l'expiration du délai de 6 mois défini à l'article L. 162-14-1-1 du Code de la sécurité sociale, puis 3,45 € à compter du 1er novembre 2027 pour les lettres-clés utilisées dans la cotation des actes infirmiers. Le texte prévoit également de revaloriser les actes de soins techniques réalisés par les infirmiers et révision de certains actes ou majorations de la nomenclature. Le calendrier complet de cette revalorisation, avenant par avenant, est répertorié par l'Assurance maladie parmi les avenants à la convention nationale des infirmiers. Cette évolution réglementaire n'a toutefois aucun lien démontré, dans le dossier disponible, avec la hausse de revenu mesurée par la DREES sur la période antérieure.
Remettre ces chiffres en perspective face à l'ensemble des libéraux de santé
Un dernier repère, plus large, permet de situer ces montants dans l'ensemble des professions libérales. Toutes professions de santé libérales confondues, y compris les médecins, l'Insee relève que le revenu moyen atteint 5 900 euros pour ceux travaillant dans la santé par mois, à comparer à d'autres secteurs d'activité indépendante. Ce montant agrégé ne distingue pas les infirmières des autres professions de santé libérales et ne doit donc pas être confondu avec les chiffres par profession présentés plus haut. Il provient en outre d'une publication Insee distincte de celle de la Drees, à un autre millésime que les données 2017-2021 détaillées plus haut : l'Insee consacre chaque année à l'emploi et aux revenus des indépendants une publication propre, dont ce repère n'est qu'un extrait agrégé.
Ce que ces données apportent aux IDEC dans leurs missions de coordination
Pour un IDEC, ces chiffres ne sont pas qu'une curiosité statistique : ils donnent un élément de contexte sur l'attractivité comparée de l'exercice libéral au moment d'orienter une IDE vers une installation, ou d'évaluer les motivations d'un départ vers le libéral. La progression du revenu des infirmières libérales, plus rapide que celle des kinésithérapeutes, peut nourrir un échange avec une équipe sur les perspectives de carrière hors du salariat, sans pour autant remplacer une analyse individuelle de situation.
Sur le plan salarial côté établissement, ces chiffres se lisent en miroir de nos propres repères sur le salaire IDEC ainsi que sur les effets de la prime Ségur pour les personnels salariés : deux univers de rémunération distincts, qui ne s'additionnent ni ne se comparent terme à terme avec le revenu libéral décrit ici. Pour les IDE en réflexion sur une évolution vers la coordination plutôt que vers l'installation libérale, notre page sur les solutions pour financer une formation IDEC via le CPF reste une ressource complémentaire utile à connaître au moment d'orienter ces choix de carrière.
