La fugue d'un résident d'EHPAD constitue un événement grave, source d'angoisse pour l'équipe soignante, pour la famille et pour le résident lui-même, et potentiellement lourd de conséquences : accident de la voie publique, hypothermie, chute, traumatisme, voire décès. En France, les fugues de résidents en EHPAD représentent plusieurs centaines d'incidents déclarés chaque année, principalement chez des résidents atteints de maladies neurodégénératives. La déambulation et la tendance à fuguer sont des symptômes comportementaux fréquents dans la maladie d'Alzheimer et les syndromes apparentés, touchant jusqu'à 60 % des résidents à un stade avancé de la maladie.

La prévention des fugues et la gestion des disparitions inquiétantes mobilisent plusieurs dimensions : l'identification précoce des résidents à risque, la mise en place de mesures architecturales et technologiques adaptées, la formation des équipes à la détection des signes précurseurs, et la définition d'un protocole de réponse rapide et coordonnée en cas de constat de disparition. L'IDEC est l'acteur central de cette organisation : il coordonne la prévention, forme l'équipe au protocole d'urgence, maintient le lien avec les familles et les partenaires externes (forces de l'ordre, ARS), et pilote l'analyse post-événementielle. Cette procédure vous fournit le cadre opérationnel complet, conforme à la loi ASV 2015 et aux décrets d'application.

Pourquoi cette procédure est indispensable en EHPAD

La fugue d'un résident en EHPAD engage la responsabilité civile et pénale de l'établissement. En sa qualité d'hébergeant des personnes vulnérables dans le cadre d'un contrat de séjour, l'EHPAD a une obligation de sécurité envers ses résidents, obligation de résultat pour les actes courants de soins et obligation de moyens pour la surveillance générale. En cas de disparition suivie d'un accident ou d'un décès, l'établissement peut être mis en cause pour défaut de surveillance, insuffisance de l'organisation préventive ou retard dans le déclenchement des alertes. La jurisprudence en la matière est abondante et les condamnations de directeurs et de coordonnateurs de soins existent.

Au-delà des enjeux de responsabilité, la prévention des fugues est une dimension du projet de vie personnalisé et du respect des droits des résidents. La loi du 2 janvier 2002 pose le principe fondamental de la liberté d'aller et venir en établissement : les restrictions à cette liberté (portes fermées à clé, unités sécurisées) ne peuvent être mises en oeuvre que dans le cadre légal prévu (article L.3211-11-1 du Code de la Santé Publique), avec l'accord du médecin et, si possible, du résident ou de son représentant légal. La tension permanente entre sécurité et liberté est au coeur de la pratique de l'IDEC dans les EHPAD accueillant des résidents désorientés.

Cadre réglementaire et références HAS

La gestion des fugues et disparitions en EHPAD est encadrée par plusieurs textes législatifs et réglementaires :

  • Loi n°2015-1776 du 28 décembre 2015 relative à l'adaptation de la société au vieillissement (loi ASV) : renforce les obligations des EHPAD en matière de protection des résidents vulnérables, notamment atteints de maladies neurodégénératives, et encadre les mesures de sécurisation des accès compatibles avec le respect de la liberté d'aller et venir.
  • Décret n°2016-1814 du 21 décembre 2016 relatif aux principes éthiques et aux modalités de mise en oeuvre des mesures de protection de la liberté d'aller et venir dans les EHPAD : précise les conditions dans lesquelles des dispositifs de surveillance (alarmes, bracelets de géolocalisation) peuvent être mis en oeuvre, avec le consentement du résident ou de son représentant légal.
  • Recommandation ANESM "Qualité de vie en EHPAD — Volet 2 : Organisation du cadre de vie et de la vie quotidienne" (2011) : recommande de penser l'environnement architectural de façon à permettre la déambulation sécurisée plutôt que la restriction des mouvements.
  • Circulaire interministérielle du 26 novembre 2009 relative à la prévention des fugues des personnes hospitalisées sans consentement et aux conduites à tenir : bien que destinée aux établissements psychiatriques, elle constitue une référence utile pour l'organisation de la réponse à une disparition inquiétante.

La non-formalisation d'une procédure écrite de prévention et de gestion des fugues constitue en soi une non-conformité relevée lors des évaluations externes HAS et des inspections ARS. L'existence de la procédure, sa connaissance par l'ensemble du personnel et la traçabilité de sa mise en oeuvre sont les trois éléments vérifiés par les inspecteurs.

Les étapes clés de la procédure

La procédure de prévention et de gestion des fugues s'organise en quatre temps : l'identification des résidents à risque et les mesures préventives, le constat de la disparition et la recherche interne, le déclenchement de l'alerte externe et la gestion de crise, et enfin l'accueil du résident retrouvé et l'analyse post-événementielle.

1. Identification des résidents à risque et mesures préventives

L'évaluation du risque de fugue fait partie intégrante de l'évaluation gériatrique à l'admission et doit être actualisée à chaque changement significatif de l'état clinique du résident. Les résidents à risque élevé sont ceux présentant : une démence de type Alzheimer ou apparentée (surtout aux stades modéré à sévère), une désorientation temporo-spatiale, des antécédents de fugue (facteur de risque majeur de récidive), une agitation et une déambulation nocturne, une volonté exprimée de "rentrer chez soi" ou un désir de quitter l'établissement. Pour ces résidents, les mesures préventives individualisées sont définies dans le projet de vie personnalisé : activités thérapeutiques adaptées (jardinage thérapeutique, ateliers mémoire, sorties accompagnées) pour réduire l'anxiété et le besoin de déambulation non structurée ; bracelet d'identification et/ou de géolocalisation GPS (avec accord du résident ou de son représentant légal) ; photo récente et description physique documentées dans le dossier, accessibles rapidement en cas de disparition ; information de la famille sur le risque de fugue et sur la conduite à tenir. Sur le plan architectural et organisationnel : sécurisation des accès (alarmes aux portes, codes d'accès, sas d'entrée) ; jardins sécurisés permettant la déambulation à l'extérieur dans un espace clos ; signalétique adaptée pour les résidents désorientés (pictogrammes, repères visuels) ; surveillance renforcée aux heures à risque (changements d'équipe, visites, moments de forte activité dans l'établissement où les portes sont davantage ouvertes).

2. Constat de la disparition et recherche interne immédiate

Dès qu'un membre du personnel constate l'absence d'un résident à un moment ou un endroit inhabituel, la procédure de recherche interne est déclenchée immédiatement, sans attendre. Le constat de disparition est établi par le personnel qui a fait l'absence : heure, lieu, circonstances, dernière personne ayant vu le résident. L'IDEC ou, en son absence, le cadre de permanence est immédiatement alerté. La recherche interne est organisée sans délai et de façon méthodique, en mobilisant l'ensemble du personnel disponible : toutes les chambres (dont la chambre du résident disparue, vérification sous le lit, dans la salle de bain), toutes les pièces communes, les toilettes, l'infirmerie, le sous-sol, les espaces extérieurs accessibles (jardins, parking, entrée principale), les véhicules stationnés. La recherche interne est conduite en maximum 10 à 15 minutes : si le résident n'est pas retrouvé, l'alerte externe est déclenchée sans attendre davantage. L'erreur la plus fréquente est d'attendre trop longtemps avant de déclencher l'alerte externe, dans l'espoir de retrouver le résident sans avoir à alerter les forces de l'ordre.

3. Déclenchement de l'alerte externe et gestion de la crise

Si le résident n'est pas retrouvé à l'issue de la recherche interne, l'alerte externe est déclenchée immédiatement. Le 15 (SAMU) est contacté si le résident présente des pathologies pouvant mettre sa vie en danger immédiat (insuffisance cardiaque, diabète insulino-dépendant, traitement anticoagulant). Le 17 (Police ou Gendarmerie) est contacté pour déposer une main courante ou un signalement de disparition de personne vulnérable : la famille du résident doit être informée simultanément de la disparition et des démarches entreprises. La direction est alertée par l'IDEC ou le cadre de permanence, même en dehors des heures ouvrables. Une cellule de crise est constituée : IDEC, directeur ou directeur adjoint, médecin coordonnateur si disponible. La cellule de crise coordonne les recherches externes (agents envoyés dans les environs immédiats de l'établissement), maintient le contact avec les forces de l'ordre et la famille, et assure la communication interne. Un dossier de disparition est constitué rapidement : photo récente du résident, description physique (taille, poids, couleur des cheveux, vêtements portés), pathologies, traitements en cours, contacts de la famille. Ce dossier est remis aux forces de l'ordre dès leur arrivée. Un signalement en tant qu'événement indésirable grave (EIG) est effectué auprès de l'ARS dans les délais prévus par la réglementation.

4. Retour du résident et analyse post-événementielle

Lorsque le résident est retrouvé, son accueil est organisé avec bienveillance : pas de réprimande, pas d'attitude punitive. Le résident est souvent anxieux, épuisé, parfois blessé ou hypothermique. Un bilan médical immédiat est réalisé par l'infirmière ou le médecin coordonnateur : évaluation des fonctions vitales, recherche de blessures, évaluation de l'état de conscience et de l'orientation. La famille est informée du retour dès que possible. La traçabilité complète de l'événement est réalisée dans le dossier du résident : heure de disparition constatée, heure d'alerte interne, heure d'alerte externe, mesures prises, heure de retour, état du résident à son retour, bilan médical. Une analyse post-événementielle est réalisée dans les 8 à 15 jours suivants : CREX (Comité de Retour d'Expérience) réunissant l'équipe soignante, l'IDEC, la direction et le médecin coordonnateur. Cette analyse identifie les failles organisationnelles ou architecturales ayant permis la fugue et définit un plan d'amélioration : renforcement de la surveillance aux points de sortie identifiés, mise à jour du projet de vie du résident, révision des mesures préventives individualisées.

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La procédure complète au format HAS : étapes détaillées, références réglementaires, fiches de traçabilité, indicateurs et affiche A4 infographique.

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Points de vigilance et erreurs fréquentes

Les situations de fugue révèlent souvent des failles organisationnelles préexistantes. L'IDEC doit les anticiper lors de la formation de l'équipe et des exercices de simulation :

  • Attendre trop longtemps avant d'alerter les forces de l'ordre : chaque minute compte lorsqu'un résident dément est seul à l'extérieur de l'établissement, particulièrement par temps froid ou sur un axe routier. Le seuil de déclenchement de l'alerte externe doit être clairement défini dans la procédure (maximum 15 minutes après constat de disparition).
  • Absence de photo récente du résident dans le dossier : sans photo récente, la description du résident aux forces de l'ordre est imprécise et ralentit les recherches. L'IDEC doit s'assurer que le dossier de chaque résident à risque contient une photo datant de moins de 6 mois.
  • Mesures préventives insuffisantes ou non individualisées : un protocole de sécurisation générique sans adaptation aux spécificités de chaque résident à risque est moins efficace qu'une approche individualisée intégrée au projet de vie.
  • Communication inadéquate avec la famille : ne pas informer la famille immédiatement ou tarder à le faire génère une perte de confiance durable. La transparence et la rapidité de la communication sont indispensables.
  • Absence d'analyse post-événementielle formalisée : sans CREX et sans plan d'amélioration documenté, le risque de récidive n'est pas traité. L'analyse post-fugue est obligatoire et doit produire des actions concrètes, tracées et évaluées.

Indicateurs qualité et suivi

Le suivi de la prévention des fugues repose sur des indicateurs à intégrer dans le tableau de bord qualité et à présenter au CVS et au Comité de Pilotage Qualité :

  • Nombre de fugues / disparitions inquiétantes par trimestre : indicateur de volume permettant de détecter une tendance à la hausse et d'évaluer l'efficacité des mesures préventives mises en place.
  • Délai entre constat de disparition et alerte des forces de l'ordre : indicateur de qualité de la réponse organisationnelle. Objectif : moins de 15 minutes entre le constat de disparition confirmée et le déclenchement de l'alerte externe.
  • Taux de résidents à risque avec plan de prévention individualisé à jour : pourcentage des résidents identifiés comme à risque de fugue disposant d'un plan de prévention formalisé dans leur projet de vie, mis à jour dans les 6 mois. Cible : 100 %.
  • Taux de CREX réalisés suite à un événement de fugue : pourcentage des fugues ayant donné lieu à une analyse post-événementielle formalisée dans les 15 jours suivant l'événement. Cible : 100 % des événements.

Télécharger la procédure complète — Format HAS + Affiche A4

La procédure téléchargeable comprend l'intégralité du protocole de prévention et de gestion des fugues en EHPAD : grille d'évaluation du risque de fugue à l'admission, liste des mesures préventives individualisées, arbre décisionnel de la réponse en cas de disparition, fiche de signalement aux forces de l'ordre, modèle de dossier de disparition, procédure de communication avec la famille, grille d'analyse post-événementielle CREX, plan d'amélioration type, fiche de traçabilité et affiche A4 illustrée pour le personnel. Ce document est directement utilisable pour la formation de votre équipe et pour les exercices de simulation.

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