Depuis le 1er mars 2026, le 3977 appartient à l'histoire

Pendant plus de vingt ans, le 3977 a été le numéro de référence nationale pour signaler les maltraitances envers les personnes âgées et les adultes vulnérables. Ce numéro disparaît au profit d'un nouveau dispositif plus large et plus accessible : le 3133, ouvert depuis le 1er mars 2026.

Ce changement ne relève pas d'une simple modification cosmétique. Le 3133 élargit le champ des publics concernés, renforce les procédures de traitement des signalements et s'inscrit dans le cadre légal posé par la loi du 8 avril 2024 pour bâtir la société du bien vieillir et de l'autonomie. Pour les IDEC et les équipes soignantes en EHPAD, ce nouveau numéro redessine le paysage du signalement — et exige une mise à jour immédiate des protocoles internes.

Ce que change concrètement le 3133

Le 3133 est gratuit, anonyme et accessible 7 jours sur 7 de 9h à 20h. Il remplace le 3977 sur l'ensemble du territoire national. Contrairement à son prédécesseur, qui ciblait principalement les personnes âgées, le 3133 couvre désormais l'ensemble des adultes en situation de vulnérabilité : personnes âgées, personnes en situation de handicap, et toute personne ne pouvant se protéger elle-même.

Le dispositif est également accessible aux personnes sourdes ou malentendantes, via une traduction en langue des signes française (LSF) — une avancée concrète d'accessibilité qui témoigne d'une volonté d'inclusion renforcée.

Les signalements recueillis par les professionnels du 3133 sont analysés, puis transmis selon leur nature à l'autorité compétente : Agence Régionale de Santé (ARS), conseil départemental, ou direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS). Lorsque les faits signalés ne relèvent pas d'une situation de maltraitance caractérisée, l'appelant est orienté vers les dispositifs adaptés.

Pourquoi l'IDEC est la première concernée

Dans un EHPAD, l'IDEC occupe une position pivot dans la détection et le traitement des situations de maltraitance. Elle est à la fois responsable de l'encadrement de l'équipe soignante, gestionnaire des signalements internes, et interlocutrice des autorités de tutelle. Ce triptyque de responsabilités place l'infirmière coordinatrice au cœur de tout dispositif de bientraitance.

Selon les textes en vigueur, tout constat ou déclaration de sévices doit être signalé au cadre de santé ou à l'IDEC, qui le transmet à la direction. Il revient à l'IDEC d'organiser la remontée vers les autorités compétentes — ARS et conseil départemental — lorsque les faits constatés l'exigent. Le 3133 constitue désormais le canal complémentaire par lequel les soignants, les résidents eux-mêmes ou leurs proches peuvent effectuer un signalement externe direct.

L'IDEC doit donc intégrer ce nouveau numéro dans sa communication interne auprès des équipes, dans la documentation affichée dans les espaces communs, et dans les procédures écrites de l'établissement. Ne pas le faire, c'est laisser les soignants avec un réflexe obsolète — composer le 3977, qui n'est plus actif.

Les formes de maltraitance couvertes par le 3133

Le 3133 traite l'ensemble des formes de maltraitance envers les adultes vulnérables :

Pour l'IDEC en EHPAD, les formes les plus fréquemment rencontrées restent les négligences — parfois involontaires — et les violences psychologiques liées à l'épuisement professionnel des équipes. Rappeler régulièrement ces définitions lors des réunions de service, et utiliser la procédure de signalement interne comme un outil pédagogique et non punitif, est l'une des clés d'une culture de bientraitance durable.

L'obligation de signalement pour les soignants

Aucun soignant ne peut légalement ignorer une situation de maltraitance dont il serait témoin. L'obligation de signalement découle à la fois du code pénal — qui sanctionne la non-assistance à personne en danger — et des dispositions spécifiques au secteur médico-social. En cas de témoignage direct, le soignant doit :

  1. Informer immédiatement l'IDEC ou la direction de l'établissement
  2. Consigner les faits par écrit, de façon factuelle et précise
  3. Si nécessaire, alerter directement le procureur de la République en cas de danger imminent

Le recours au 3133 ne se substitue pas aux circuits internes de l'établissement, mais vient en complément, notamment lorsque le soignant considère que le signalement interne n'a pas été traité correctement, ou lorsqu'il souhaite rester anonyme. Ce point est essentiel à expliquer aux équipes, qui peuvent parfois craindre des représailles en cas de signalement.

La loi du 8 avril 2024 a également prévu la création de cellules de recueil et de traitement des signalements de maltraitance au sein des ARS, qui se mettent progressivement en place depuis 2025. Ces cellules constituent désormais un interlocuteur institutionnel clair, coordonné avec le 3133.

Mettre à jour les protocoles de l'établissement : mode opératoire

L'IDEC qui souhaite intégrer le 3133 dans les pratiques de son établissement dispose de plusieurs leviers concrets :

Pour aller plus loin sur les procédures de bientraitance et la gestion des signalements, la fiche pratique SOS IDEC sur la bientraitance et les signaux de maltraitance offre un cadre opérationnel directement applicable en EHPAD. Les procédures relatives aux événements indésirables (EI/EIG) constituent également un appui utile pour structurer le traitement des signalements.

Un contexte national qui appelle à l'action

Le lancement du 3133 intervient dans un contexte où la lutte contre la maltraitance en établissement est plus que jamais à l'agenda des pouvoirs publics. Les résultats du plan national de contrôle des établissements médico-sociaux ont révélé qu'environ 11 % des établissements contrôlés présentaient une situation dégradée, dont certains ont fait l'objet de sanctions administratives — fermeture ou mise sous administration provisoire. Quarante signalements au procureur de la République ont été réalisés à l'issue de ces contrôles.

Cette réalité ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme un signal fort : la culture du signalement progresse, les outils s'affinent, et les professionnels de terrain — au premier rang desquels les IDEC — sont les garants de cette culture de bientraitance au quotidien. Chaque mise à jour de protocole, chaque information d'équipe, chaque affiche actualisée est un acte concret de prévention.

Pour approfondir la dimension managériale de ce rôle, consultez notre dossier complet sur le rôle de l'IDEC en EHPAD, qui positionne la bientraitance comme l'un des axes fondamentaux de la mission coordinatrice.

Références officielles