Lancement de la campagne et dates clés

À compter du 13 octobre 2026, les campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière et la Covid-19 seront menées conjointement sur l’ensemble du territoire métropolitain. Comme le détaille l'ARS Bourgogne-Franche-Comté dans sa présentation de la campagne, cette campagne commune mobilise l'ensemble des professionnels habilités à vacciner. Ameli.fr précise : « La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière commence le 13 octobre 2026, à l’exception de Mayotte où la campagne de vaccination a démarré dès le mois de septembre et de La Réunion où la campagne est alignée sur celle de l’hémisphère sud. » Pour une IDEC, cette date commune aux deux vaccins est le point de départ du planning à bâtir avec l'équipe : un seul temps de mobilisation à organiser, aussi bien auprès des résidents que des professionnels de l'établissement.

Les publics prioritaires de la campagne

Le périmètre des publics visés reste large. Le cadrage de l'ARS indique que « La vaccination est recommandée en priorité aux personnes à risque de formes graves, notamment les personnes âgées de 65 ans et plus, les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées, les personnes présentant certaines comorbidités ou une obésité sévère », ainsi qu’aux résidents d’établissements sociaux et médico-sociaux. Elle concerne également les professionnels de santé, les professionnels en contact régulier et prolongé avec des personnes vulnérables et certains membres de leur entourage. Ameli.fr complète ce périmètre pour les lieux de vie collectifs : sont éligibles les personnes séjournant dans un établissement de soins de suite ou dans un établissement médico-social d'hébergement, quel que soit son âge, ce qui couvre l'ensemble des résidents d'Ehpad indépendamment de leur âge d'entrée dans l'établissement.

Le rôle élargi de l'infirmier dans la vaccination

La vaccination peut être réalisée, selon l’âge et les compétences réglementaires de chaque professionnel, notamment par un médecin, un infirmier, un pharmacien ou une sage-femme. Ameli.fr récapitule le barème des compétences vaccinales par profession de santé. Pour l'infirmier, il prend la forme suivante : « Prescription et injection du vaccin à toute personne de 11 ans et plus ». En dessous de ce seuil d'âge, son intervention reste conditionnée à un avis médical préalable : « Injection du vaccin aux personnes de moins de 11 ans sur prescription médicale de l’acte et du vaccin ». Pour l'équipe IDE d'un Ehpad, ce cadre couvre la quasi-totalité des résidents comme des professionnels à vacciner sur place, sans recours systématique à une prescription médicale individuelle au-delà de ce seuil. Sur le volet traçabilité, ameli.fr indique que Le professionnel de santé peut indiquer les informations de la vaccination contre la grippe dans votre profil Mon espace santé, pour faciliter la traçabilité de cette vaccination et le suivi médical. Cette fonctionnalité peut utilement compléter le dossier de soins propre à l'établissement, sans s'y substituer.

Bilan épidémiologique et couverture vaccinale

Santé publique France estime à environ 1,2 million le nombre de consultations attribuables à la grippe en médecine de ville et à 28 300 le nombre d’hospitalisations après passage aux urgences pour grippe ou syndrome grippal sur la période de surveillance. À l'échelle nationale, la couverture vaccinale reste en retrait des objectifs fixés : elle atteignait, au niveau national, 49,6 % pour l’ensemble des personnes à risque ciblées par la vaccination et 56,7 % chez les personnes âgées de 65 ans et plus à l’issue de la campagne 2025-2026. Du côté des équipes professionnelles, l'avis de la HAS souligne que les couvertures vaccinales antigrippales des professionnels n'augmentent pas et restent largement insuffisantes (20 % en établissement de santé et 21 % en Ehpad au cours de la saison 2024-2025).

La recommandation de la HAS sur l'obligation vaccinale

Saisie par les ministres chargés de la Santé, la HAS a évalué la pertinence d’instaurer une obligation vaccinale antigrippale annuelle chez deux populations distinctes : les résidents des établissements pour personnes âgées d'une part, les professionnels qui les entourent d'autre part. Dans son avis, la Haute Autorité de santé détaille les raisons de ce choix différencié. Pour les résidents, la HAS considère que la vaccination antigrippale pour les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité doit rester recommandée sans devenir obligatoire. Elle s'appuie notamment sur le taux de couverture vaccinale déjà élevé des personnes de 65 ans et plus résidant en collectivité (82,7 %), supérieur au seuil de 75% recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), tout en rappelant que la capacité de réponse immunitaire diminue avec l’âge (immunosénescence), les écarts d'efficacité pouvant aller selon les années de 20 à 40 points. Elle pointe par ailleurs un risque élevé de formes graves et de mortalité chez les résidents (6% vs 0,1% pour les soignants). Pour les équipes, elle recommande en revanche la mise en place d’une obligation vaccinale contre la grippe pour l'ensemble des professionnels de santé, ainsi que pour les autres professionnels travaillant dans les établissements de santé ou dans les établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées. La HAS recommande le déploiement prioritaire de cette obligation dans les Ehpad et dans les unités de soins de longue durée (USLD) compte tenu de la vulnérabilité particulière des personnes hébergées en raison de leur âge. Sur ce périmètre, la HAS précise qu'en Ehpad et en USLD, 75% des résidents ont 75 ans et plus. En dehors de ces établissements, la HAS recommande un déploiement progressif sur une période de deux ans renouvelables un an, dans un cadre concerté, afin de garantir la faisabilité et l'acceptabilité de la mesure. À l'appui de cette orientation, la HAS cite les expériences étrangères (Finlande et Etats-Unis) qui ont démontré l'efficacité rapide et durable d’une obligation vaccinale antigrippale des professionnels pour augmenter les taux de vaccination à des niveaux supérieurs à 90%. Chaque année, la grippe saisonnière pèse lourdement sur le système de soins : Elle a ainsi été à l'origine d'environ 53 000 hospitalisations dont 26 500 chez les 65 ans et plus en 2023-2024, et de 92 000 hospitalisations et d’un excès de mortalité d’environ 17 000 décès en 2024-2025.

Ce que cela change pour l'IDEC

À l'échelle de l'établissement, la montée en charge de cette campagne retombe largement sur la fonction de coordination de l'IDEC : recenser les consentements, planifier les séances avec les professionnels habilités et sécuriser la traçabilité des injections réalisées dans l'établissement. Les gestes de prescription et d'injection évoqués plus haut rejoignent plus largement le périmètre des compétences reconnues à l'IDEC et à l'équipe IDE, qui peuvent être mobilisées dès l'ouverture de la campagne sans attendre une organisation externe. Cette échéance est aussi l'occasion de vérifier que le plan de formation de l'équipe soignante couvre bien les gestes vaccinaux, la gestion de la chaîne du froid et les protocoles d'hygiène associés à une campagne menée en interne. En pratique, une IDEC peut profiter de l'ouverture de la campagne pour remettre à plat le circuit complet : information des familles et des résidents, recueil du consentement, approvisionnement en doses et en matériel d'injection, organisation des créneaux par unité de soins, puis consolidation des données de couverture pour le suivi interne de l'établissement. La piste d'un tableau de suivi partagé entre IDE, médecin coordonnateur et direction reste une option d'organisation propre à chaque structure, à adapter selon les effectifs disponibles et le nombre de résidents à vacciner.

Sources officielles