Impulsion : un dépistage organisé dans cinq régions pilotes

Le programme ne couvre pas encore tout le territoire. Comme l'indique l'annonce officielle publiée le 15 juin sur Service-Public.fr, Impulsion est déployé dans cinq régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Île-de-France, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le protocole repose sur 2 scanners thoraciques à faible dose effectués à un an d'intervalle, puis un scanner de ce type tous les 2 ans.

L'entrée dans le dispositif passe par un point de contact simple : on peut s'informer et vérifier son éligibilité en appelant le 34 33, le numéro d'appel national du programme Impulsion. C'est ensuite un médecin investigateur qui vérifie l'éligibilité et finalise, le cas échéant, l'inscription dans le programme.

Qui est éligible ? Des critères tabagiques précis

Le dépistage cible une population à haut risque, définie par des critères stricts. Au-delà de l'âge de 50 à 74 ans, il faut être actuellement fumeur, ou ancien fumeur ayant arrêté depuis moins de 15 ans. S'y ajoute un seuil d'exposition cumulée : avoir fumé en moyenne au moins 2 paquets de cigarettes par jour pendant 10 ans, ou 1 paquet par jour pendant 20 ans.

Ces bornes ne sont pas arbitraires : elles rappellent le poids majeur du tabac dans cette maladie, puisque celui-ci est responsable de huit cancers du poumon sur 10. C'est aussi pourquoi le dépistage ne se conçoit pas seul : le fumeur actif, ou ayant arrêté depuis moins de 15 ans, se voit systématiquement proposer une consultation de tabacologie, comme le détaille la page d'ameli.fr consacrée au programme.

Pourquoi ce dépistage : des bénéfices documentés

L'enjeu de santé publique est considérable. Avec 52 777 nouveaux cas estimés en 2023, le cancer du poumon est le deuxième cancer le plus fréquent chez l'homme et le troisième chez la femme, et le cancer du poumon devient de plus en plus fréquent chez la femme (+4,3 % par an entre 2010 et 2023). Surtout, il est trop souvent détecté tard : les diagnostics sont réalisés à des stades avancés dans 73 % des cas, ce qui pèse lourdement sur le pronostic.

C'est précisément ce que le dépistage cherche à corriger. Selon les données reprises par l'Assurance maladie, le dépistage du cancer du poumon réduit la mortalité par ce cancer de 20 à 25 %, et combiner le dépistage et l'arrêt du tabac permet de réduire de 38 % le risque de décès. Ces résultats prolongent l'avis rendu en février 2022 : la HAS recommande l'engagement d'un programme pilote visant à documenter les prérequis à la mise en place d'un dépistage organisé, estimant le bénéfice de l'ordre de 5 vies sauvées pour 1000 personnes dépistées.

Des inégalités sociales que la DREES vient de chiffrer

Le sujet prend un relief particulier à la lumière d'une étude récente. Début juin 2026, la DREES a documenté de fortes inégalités sociales face au cancer : les hommes appartenant aux 10 % les plus modestes ont un risque de développer un cancer du poumon 2,2 fois plus élevé que les plus aisés. Plus largement, l'étude établit que les 10 % les plus modestes présentent un risque 1,7 fois plus élevé de développer un cancer de mauvais pronostic — ces cancers, dont celui du poumon est l'un des plus emblématiques, frappent donc plus durement les populations défavorisées.

L'inégalité ne tient pas qu'à l'incidence : elle se loge aussi dans le recours au dépistage et dans la gravité au moment du diagnostic. Or ce sont précisément les publics les plus exposés qui recourent le moins spontanément aux examens de détection précoce. Pour l'IDEC qui accompagne des résidents et des familles souvent fragiles socialement, ce constat donne tout son sens à une démarche de repérage proactive plutôt qu'attentiste : aller vers la personne, plutôt qu'attendre qu'elle vienne. Nos outils pratiques peuvent aider à structurer cette vigilance au sein de l'équipe.

Le rôle de l'infirmière : repérer, informer, orienter

Si le programme Impulsion s'appuie sur des médecins investigateurs et des radiologues, l'infirmière reste en première ligne de la prévention. Au contact quotidien des soignants, des aidants et des proches de résidents, l'IDE est souvent la mieux placée pour identifier une personne correspondant aux critères et l'inviter à appeler le 34 33. Une partie non négligeable des équipes elles-mêmes — soignants de 50 ans et plus, anciens fumeurs — entre d'ailleurs dans la cible du dépistage, ce qui ouvre un volet de santé au travail à ne pas négliger.

Concrètement, le repérage peut s'intégrer aux temps d'échange déjà existants : entretiens d'accueil, bilans de prévention, journées de sensibilisation. Sans se substituer au médecin, l'infirmière peut poser les bonnes questions sur les habitudes tabagiques, expliquer en quoi consiste un scanner à faible dose — un examen rapide, indolore et sans injection — et lever les craintes qui freinent encore beaucoup de personnes éloignées du soin. Le simple fait de normaliser la démarche, d'en parler comme d'un geste de prévention ordinaire, contribue à réduire les inégalités d'accès que les données récentes mettent en lumière.

Le levier le plus puissant reste l'accompagnement au sevrage. Un fumeur accompagné par un professionnel de santé a davantage de chances de réussir que seul, et les traitements nicotiniques de substitution, gommes à mâcher ou patchs, sont utilisés en première intention dans le sevrage tabagique. Inscrire la prévention du tabagisme dans la culture de l'établissement, former les équipes au repérage et à l'orientation : autant de chantiers que l'IDEC peut piloter, dans la continuité de son rôle de coordination et de prévention et en mobilisant les formations disponibles.

Pour l'IDEC, l'enjeu est de faire vivre cette culture de prévention dans la durée. Inscrire la lutte contre le tabagisme au projet de soins, identifier des professionnels ressources formés à l'entretien motivationnel, tisser des liens avec les consultations de tabacologie du territoire : ce sont des leviers concrets, qui dépassent le seul cadre du dépistage. La prévention du cancer du poumon rejoint alors les autres grands chantiers de santé publique que la coordination soignante porte au quotidien, du repérage de la fragilité à l'éducation thérapeutique du patient.

À mesure que le programme montera en charge et, peut-être, s'étendra à d'autres régions, ce rôle d'interface entre la population et le dispositif de dépistage ne fera que gagner en importance. Là où le médecin pose l'indication et le radiologue réalise l'examen, l'infirmière fait souvent le premier pas : celui de la parole, de l'écoute et de la confiance qui décident une personne hésitante à franchir la porte. L'IDEC a, dès aujourd'hui, les cartes en main pour structurer et valoriser cette contribution.

Sources officielles