Une loi votée cet été offre aux établissements publics de santé un nouveau levier pour loger leurs équipes soignantes. Pour l'IDEC en EHPAD public confronté aux tensions de recrutement en zone tendue, ce texte ouvre des marges de manœuvre inédites sur le foncier et les réservations de logements sociaux. Voici ce qu'il faut en retenir, et ce qui reste encore à préciser.

Ce que change la loi du 29 juin 2026

Le texte, la loi n° 2026-553 du 29 juin 2026 visant à améliorer l'accès au logement des travailleurs des services publics, a été publiée au Journal officiel, comme le confirme sa référence JORF n°0151 du 30 juin 2026. Son article 6 modifie directement le cadre applicable aux hôpitaux et EHPAD publics : l'article L. 6145-7 du code de la santé publique est ainsi modifié.

Concrètement, les établissements peuvent désormais valoriser leur patrimoine immobilier aux fins de réaliser des logements pour leur personnel ou de financer la réalisation de ces logements. Une possibilité nouvelle et structurante s'y ajoute : les établissements publics de santé peuvent prendre des participations et créer des filiales, y compris par le moyen de sociétés d'économie mixte, pour gérer et valoriser leur patrimoine immobilier. Pour un directeur d'établissement ou un IDEC associé aux discussions de gouvernance, cela signifie qu'un projet de logement pour les équipes n'a plus besoin de passer uniquement par un bailleur social externe.

La loi joue aussi sur les obligations de réservation de logements sociaux. Désormais, le taux applicable aux terrains des personnes publiques passe de 10 % à 50 % lorsqu'une collectivité ou un établissement public cède un terrain à un bailleur social — un mécanisme que le ministère de la fonction publique résume ainsi : avant la loi, cette contrepartie ne pouvait dépasser 10 % des logements construits ; maintenant, elle pourra aller jusqu'à 50 %. Le ministère précise d'ailleurs explicitement que l'État, les collectivités ou les hôpitaux publics vendent à prix réduit ou mettent à disposition des bailleurs sociaux des terrains dans ce cadre.

Autre avancée pour la sécurité juridique des projets : la loi étend aux établissements de santé publics les obligations de réservation dont bénéficient les services relevant de la défense nationale, de la sécurité intérieure ou de la justice, les établissements publics de santé, l'administration des douanes. Le ministère le confirme en des termes proches : les services de la justice, des douanes et des transports en zones tendues, comme les établissements publics de santé, pourront bénéficier d'une exception, au même titre que les forces de l'ordre, l'armée et les établissements public de santé. En contrepartie, la loi encadre aussi l'usage de ces logements réservés : une clause de fonction mentionne l'emploi dont l'exercice justifie le droit au maintien dans les lieux, et selon le ministère, lorsque l'agent quittera ses missions, pour travailler dans le secteur privé par exemple, il libèrera le logement.

La loi agit aussi sur un autre levier, moins direct mais potentiellement significatif à moyen terme pour les zones où du foncier public est libéré : lorsqu'une dérogation d'urbanisme permet de construire davantage de logements sur un terrain donné, la moitié au moins des locaux d'habitation ainsi créés est réservée aux agents publics, dont les personnels des établissements de santé. Le ministère de la fonction publique a mis en ligne, Publiée le 01 juillet 2026, une présentation grand public de l'ensemble de ces mesures, confirmant qu'elles s'appliquent bien aux établissements hospitaliers et non aux seules administrations d'État.

Le logement, nouveau levier d'attractivité pour l'EHPAD public

Ce texte ne sort pas de nulle part. La Fédération Hospitalière de France travaille le sujet depuis plusieurs mois : elle avait déjà organisé, le 14 novembre 2025, un webinaire dédié spécifiquement au logement des agents publics à destination des établissements de santé. La fédération y affirme sans détour que le logement constitue un véritable levier d'attractivité et de fidélisation pour les employeurs hospitaliers, et cible en particulier les groupements et les établissements publics de santé souhaitant développer une offre de logement pour leurs agents.

Cette conviction s'appuie sur un constat de terrain : selon une enquête RH menée par la FHF auprès des DRH et chefs d'établissements au cours de l'été 2025, la question du logement revient régulièrement dans les échanges avec les candidats à l'embauche. Le ministère de la fonction publique pose d'ailleurs le même diagnostic à l'échelle de toute la fonction publique : bien se loger est souvent un défi pour de nombreux agents dans les zones tendues. Pour un EHPAD public en tension de recrutement sur les postes d'infirmiers, cette problématique n'est pas une nouveauté théorique : elle se traduit concrètement par des candidatures qui n'aboutissent pas faute de logement abordable à proximité de l'établissement.

Sur le plan opérationnel, la FHF indique aussi qu'un accompagnement possible des employeurs hospitaliers via un marché national UGAP existe pour aider les structures à monter leurs projets, la fédération se proposant plus largement d'aider les établissements publics à valoriser leur foncier pour produire du logement.

Ce que l'IDEC doit anticiper

Plusieurs points de vigilance méritent d'être posés avant de s'enthousiasmer trop vite. D'abord, un point de vocabulaire qui a son importance juridique : le titre exact de la loi vise « les travailleurs des services publics », une formulation plus large que la seule catégorie des agents publics au sens statutaire — un détail à connaître si votre établissement échange avec sa direction des ressources humaines sur le périmètre exact des bénéficiaires.

Ensuite, la loi modifie l'article L. 6145-7 du code de la santé publique, qui vise les établissements publics de santé. Pour un EHPAD public autonome, non rattaché à un centre hospitalier, l'application de ce nouveau cadre mérite d'être vérifiée au cas par cas auprès de l'autorité de tutelle : la nuance juridique entre « établissement public de santé » et « établissement public social et médico-social » n'est pas neutre, et aucun texte d'application spécifique aux EHPAD n'a encore été publié à ce jour.

Enfin, la loi ayant été promulguée il y a quelques jours seulement, aucun décret d'application n'est encore paru, et aucun établissement n'a pour l'instant communiqué de premier bilan chiffré de mise en œuvre. L'IDEC qui souhaite porter le sujet auprès de sa direction a donc intérêt à se rapprocher dès maintenant de la cellule RH de son établissement pour identifier si un projet de logement collectif ou de réservation de logements sociaux est envisageable localement, en particulier dans les zones où les fiches de poste IDEC peinent à trouver preneur faute de logement abordable. Ce nouveau levier vient s'ajouter aux autres dispositifs déjà mobilisés pour l'attractivité du métier, comme la prime Ségur ou les grilles de rémunération 2026 : le logement ne remplace pas ces leviers, il les complète.

Dans les faits, l'IDEC n'est en général pas décisionnaire sur la politique immobilière de l'établissement — cette compétence relève de la direction générale et du conseil de surveillance ou d'administration. Mais l'IDEC est souvent l'interlocuteur le mieux placé pour objectiver, auprès de sa direction, le lien concret entre difficulté de recrutement et absence de solution de logement à proximité : c'est elle ou lui qui reçoit les candidats en entretien, qui connaît les postes vacants depuis plusieurs mois et qui peut documenter, au fil de l'eau, les renoncements de candidatures liés au logement. Remonter ces éléments de terrain, même de façon qualitative, peut peser dans la décision d'un établissement de se saisir ou non de ces nouvelles marges de manœuvre législatives.

Sources officielles