La canicule de l'été 2003 a causé près de 15 000 décès en France, dont une majorité de personnes âgées vivant en institution ou isolées à domicile. Ce drame sanitaire sans précédent a conduit à la création du plan canicule national et, dans les EHPAD, au dispositif spécifique du plan bleu, rendu obligatoire par décret dès 2004. Vingt ans après, les épisodes caniculaires se multiplient et s'intensifient en lien avec le changement climatique, avec plusieurs alertes rouges recensées chaque été. Le plan bleu n'est pas un document bureaucratique annuel à ressortir des tiroirs en juillet : c'est une organisation vivante, préparée dès le printemps, qui doit être connue de l'ensemble du personnel et opérationnelle avant la première vague de chaleur.
Les résidents d'EHPAD présentent une vulnérabilité particulièrement élevée aux effets de la chaleur : réduction de la sensation de soif liée au vieillissement (les personnes âgées ressentent la déshydratation plus tardivement), thermorégulation altérée, traitements médicamenteux aggravants (diurétiques, bêtabloquants, anticholinergiques, psychotropes), et mobilité réduite rendant difficile l'accès autonome aux zones climatisées ou à l'eau. Cette procédure organise la réponse de l'EHPAD à l'ensemble des niveaux d'alerte canicule, de la veille saisonnière à l'urgence absolue.
📋 Sommaire
Pourquoi cette procédure est indispensable en EHPAD
La mortalité liée à la chaleur en EHPAD est évitable dans la grande majorité des cas lorsque les mesures de protection sont mises en place suffisamment tôt. La déshydratation chez une personne âgée fragile peut évoluer vers une hyperthermie grave (coup de chaleur), une insuffisance rénale aiguë, un épisode confusionnel sévère ou un décès en quelques heures. Or, les signes d'alarme sont souvent discrets et peu spécifiques chez les personnes âgées : simple oligurie, légère confusion, chute sans traumatisme. Sans surveillance renforcée et protocole clair, ces signes passent inaperçus jusqu'à ce que la situation devienne critique.
L'IDEC est au centre du dispositif plan bleu : il coordonne la préparation en amont, déclenche les mesures renforcées lors des alertes météo, supervise la surveillance clinique quotidienne des résidents à risque, maintient le contact avec l'ARS, et s'assure que les familles sont informées et impliquées. Cette responsabilité de coordination s'exerce pendant toute la période à risque, du 1er juin au 15 septembre.
Cadre réglementaire et références HAS
Le plan bleu des EHPAD est fondé sur des textes réglementaires issus directement des leçons de la canicule 2003 :
- Décret n°2004-926 du 26 juillet 2004 relatif au dispositif de crise dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées : rend obligatoire l'élaboration d'un plan bleu dans tout EHPAD, avec désignation d'un référent canicule et organisation d'une salle de rafraîchissement.
- Circulaire DGAS/SD5D/2004/306 du 2 juillet 2004 relative à l'application du plan canicule dans les établissements sociaux et médico-sociaux accueillant des personnes âgées : précise les modalités pratiques d'organisation du plan bleu, de la surveillance des résidents et des relations avec l'ARS et la préfecture.
- Plan national canicule 2023 (actualisation annuelle par le Ministère de la Santé) : définit les niveaux d'alerte, les seuils de températures déclenchants selon les zones géographiques, et les responsabilités de chaque acteur du système de santé.
- Instruction DGS/SP/2019/97 du 5 avril 2019 relative à la gestion des vagues de chaleur et mise à jour du plan canicule : intègre les nouvelles données épidémiologiques et climatiques et renforce les obligations de traçabilité et de signalement à l'ARS.
L'absence de plan bleu formalisé, sa non-mise à jour annuelle, ou le défaut d'organisation d'une salle de rafraîchissement constituent des non-conformités susceptibles d'engager la responsabilité de l'établissement et du directeur en cas de décès lié à la chaleur. L'ARS vérifie l'existence et la mise en oeuvre du plan bleu lors de ses inspections annuelles en période estivale.
Les étapes clés de la procédure
La gestion des canicules en EHPAD s'organise en quatre phases chronologiques, dont la première (préparation) doit être complètement achevée avant le 1er juin de chaque année.
Étape 1 — Préparation du plan bleu (1er avril – 31 mai)
La préparation du plan bleu débute deux mois avant la période à risque. L'IDEC, en coordination avec le directeur et le médecin coordonnateur, réalise les actions suivantes : mise à jour du registre nominatif des résidents à risque de complication liée à la chaleur (résidents isolés socialement, grabataires, porteurs de pathologies aggravantes, sous traitements à risque — diurétiques, anticholinergiques, bêtabloquants, psychotropes), désignation du référent canicule de l'établissement et de son suppléant, vérification du bon fonctionnement des climatiseurs et ventilateurs et planification des éventuelles maintenances, identification et préparation de la salle ou de l'espace de rafraîchissement (pièce climatisée à 25°C maximum, accessible en fauteuil roulant, avec eau fraîche disponible en permanence), information et formation du personnel soignant aux signes de déshydratation et d'hyperthermie, et organisation des stocks d'eau, de brumisateurs et de gants humides. Le plan bleu est transmis à l'ARS de territoire avant le 31 mai.
Étape 2 — Surveillance météorologique et niveaux d'alerte
Pendant toute la période du 1er juin au 15 septembre, une veille météorologique quotidienne est organisée sur le site Météo France (vigilance-meteorologique.fr). Le plan canicule distingue quatre niveaux de vigilance auxquels correspondent des mesures progressives. En vigilance jaune (attention) : information des équipes, surveillance habituelle. En vigilance orange (alerte canicule, déclenchée par le Préfet sur avis de Météo France et Santé Publique France) : activation du plan bleu, passage en surveillance renforcée des résidents à risque, ouverture de la salle de rafraîchissement, hydratation toutes les 2 heures, contact des familles des résidents à risque isolés. En vigilance rouge (canicule intense) : renforcement des effectifs si possible, hydratation toutes les heures pour les résidents à risque, mesure de la température corporelle biquotidienne, signalement quotidien à l'ARS du nombre de résidents présentant des signes cliniques. En vigilance violette (mobilisation maximale) : application du plan de crise avec mobilisation de tous les acteurs du territoire, possibilité de transfert de résidents vers des établissements de santé climatisés si nécessaire.
Étape 3 — Mesures cliniques de protection et hydratation renforcée
Les mesures cliniques de protection pendant une vague de chaleur comprennent : une hydratation renforcée ciblant au minimum 1,5 à 2 litres par jour pour tout résident (et jusqu'à 2,5 à 3 litres pour les résidents à risque en l'absence de contre-indication médicale), avec propositions régulières de boissons fraîches, d'eau gélifiée pour les dysphagiques, et de glaces ou sorbets, des bains de pieds et de mains frais, des brumisateurs et ventilateurs dans les chambres et espaces communs, la fermeture des volets et stores le matin avant la montée des températures et ouverture nocturne pour la ventilation, l'adaptation des horaires d'activité (arrêt des activités physiques en milieu de journée), la surveillance clinique quotidienne de chaque résident à risque (température corporelle, tension artérielle, poids, diurèse, état de conscience), la réévaluation des traitements médicamenteux par le médecin traitant (adaptation ou suspension temporaire des diurétiques, des médicaments à risque d'hyperthermie). L'IDE trace chaque évaluation dans le dossier de soins avec l'heure, les paramètres relevés et les actions entreprises.
Étape 4 — Registre canicule, contact des familles et relation ARS
L'établissement tient un registre canicule nominatif, mise à jour quotidiennement en période d'alerte, comprenant pour chaque résident à risque : les paramètres cliniques de la journée (température corporelle, poids, tension artérielle, état de conscience, diurèse), les boissons absorbées en volume estimé, les mesures de protection mises en oeuvre, et le nom du soignant ayant effectué l'évaluation. Les familles des résidents à risque identifiés sont contactées dès le déclenchement de l'alerte orange pour les informer de la situation, des mesures mises en place, et des modalités d'accès à l'établissement (les visites sont encouragées pendant les canicules pour maintenir la vigilance familiale). L'ARS est informée quotidiennement en cas d'alerte rouge ou violette du bilan clinique de l'établissement (nombre de résidents présentant des signes de déshydratation, nombre de transferts aux urgences). En cas de décès potentiellement lié à la chaleur, l'ARS est contactée dans les 24 heures.
📋 Téléchargez la procédure complète
La procédure complète au format HAS : étapes détaillées, références réglementaires, fiches de traçabilité, indicateurs et affiche A4 infographique.
Télécharger cette procédure →Points de vigilance et erreurs fréquentes
La gestion des canicules cumule des difficultés organisationnelles (été, période de congés, effectifs réduits) et cliniques (symptômes atypiques chez la personne âgée). Les défaillances les plus fréquentes sont :
- Plan bleu non mis à jour avant le 1er juin : un plan bleu de l'année précédente, avec des données de résidents obsolètes, est inutile lors d'une alerte. La mise à jour annuelle, avant le 1er juin, est une obligation réglementaire et une nécessité pratique.
- Salle de rafraîchissement non opérationnelle : une salle climatisée en théorie mais dont le climatiseur n'a pas été vérifié depuis l'hiver, ou dont l'accès est encombré de matériel, ne remplit pas sa fonction. L'IDEC doit s'assurer de l'opérationnalité effective de cette salle avant le 1er juin.
- Méconnaissance des traitements à risque : de nombreux professionnels ignorent que les bêtabloquants, les diurétiques, les anticholinergiques (certains antihistaminiques, spasmolydes, antidépresseurs) ou les antipsychotiques majorent le risque de complications lors des vagues de chaleur. L'IDEC doit former les équipes sur ces interactions.
- Hydratation insuffisamment tracée : proposer à boire est insuffisant si la quantité absorbée n'est pas notée. Pour les résidents à risque, le suivi volumétrique quotidien des entrées hydriques est indispensable pendant les alertes canicule.
- Absence de contact des familles : les familles sont des alliées précieuses pendant les canicules. Les prévenir dès l'alerte orange leur permet d'augmenter la fréquence de leurs visites, d'apporter des vêtements légers, et d'être vigilantes aux signaux d'alarme lors de leurs passages.
Indicateurs qualité et suivi
Le pilotage du plan bleu s'appuie sur des indicateurs spécifiques, mesurables avant, pendant et après chaque épisode caniculaire :
- Date de transmission du plan bleu mis à jour à l'ARS (objectif : transmission avant le 31 mai de chaque année)
- Nombre de résidents ayant nécessité un transfert vers un service d'urgence pour cause liée à la chaleur (avec analyse des circonstances pour chaque cas)
- Taux de résidents à risque avec suivi volumétrique des entrées hydriques tracé quotidiennement pendant les alertes orange et rouge (objectif : 100 %)
- Date de la dernière vérification du bon fonctionnement du climatiseur de la salle de rafraîchissement (objectif : vérification avant le 1er juin)
Télécharger la procédure complète — Format HAS + Affiche A4
Le document téléchargeable comprend : la procédure plan bleu complète au format HAS avec logigramme de déclenchement par niveau d'alerte, le registre canicule nominatif (modèle imprimable), la fiche de surveillance clinique quotidienne des résidents à risque, la liste des médicaments à risque en période de chaleur, le modèle de courrier d'information aux familles, et l'affiche A4 infographique « Plan bleu : que faire selon le niveau d'alerte ? » à afficher dans les espaces communs et en salle de soins.
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