L'ANDPC : 13 ans au service de la formation continue, et maintenant ?
Depuis sa création en 2012, l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) organisait et finançait les actions DPC pour les professionnels de santé libéraux et une partie du secteur privé. En novembre 2025, le gouvernement a officialisé sa dissolution programmée pour 2027, au nom de la simplification administrative et de la montée en puissance de la certification périodique. Pour les infirmières coordinatrices (IDEC), les cadres de santé et les IDE, ce changement soulève des questions pratiques immédiates : quelles formations seront encore finançables ? Quelle obligation remplace le DPC ? Et que se passe-t-il en 2026, pendant la transition ?
Le contexte est important à comprendre : la Cour des comptes avait pointé dès 2019 de « profonds dysfonctionnements » au sein de l'ANDPC, notamment un faible taux de conformité des professionnels. Selon les données disponibles, seulement 22 % des professionnels éligibles avaient validé leur obligation DPC sur la période 2020-2022, soit environ 100 000 professionnels sur 2 millions. Ce constat a accéléré la décision de refonte globale du dispositif.
2026 : une année de transition sous garantie de financement
Le ministère de la Santé a formellement confirmé que le financement DPC reste garanti pour l'ensemble de l'année 2026. Les professionnels de santé peuvent continuer à s'inscrire et à réaliser leurs formations sur le site de l'Agence du DPC jusqu'au 31 décembre 2026. Aucune démarche supplémentaire n'est nécessaire : les formations réalisées comptent automatiquement.
Cependant, 2026 marque déjà des changements importants dans les règles d'indemnisation :
- Les formations en e-learning pur ne sont plus indemnisées : seules les formations mixtes (présentiel + distanciel) ou entièrement en présentiel restent éligibles à une prise en charge.
- Les actions d'EPP (évaluation des pratiques professionnelles) et de gestion des risques en distanciel ne sont indemnisées qu'à 50 %, contre 100 % pour le format présentiel.
- Les formations en présentiel conservent leur niveau d'indemnisation habituel.
Pour les IDEC qui privilégiaient jusqu'ici les modules à distance pour concilier travail et formation, cette évolution nécessite un ajustement dans la planification. Consultez notre sélection de formations adaptées aux IDEC pour identifier des formats compatibles avec vos contraintes d'organisation.
Ce qui remplace le DPC : la certification périodique infirmière
La grande nouveauté structurelle est la montée en puissance de la certification périodique, introduite par la loi de 2019 et désormais au cœur du nouveau dispositif. Elle concerne les sept professions de santé dotées d'un Ordre professionnel : médecins, infirmiers, chirurgiens-dentistes, kinésithérapeutes, pharmaciens, sages-femmes et pédicures-podologues.
Pour les infirmiers — IDEC comme IDE — voici les règles clés :
- Cycle de 6 ans pour les nouveaux entrants dans la profession.
- Cycle de 9 ans pour les professionnels déjà en exercice au 1er janvier 2023 (premier cycle transitoire allongé).
- 4 axes obligatoires à couvrir : actualisation des connaissances, qualité des pratiques professionnelles, relation avec le patient, santé personnelle du professionnel.
- Minimum 2 actions par axe, soit 8 actions au total sur la durée du cycle.
- Le contrôle du respect de ces obligations est confié à l'Ordre national des infirmiers.
Bonne nouvelle importante : les formations DPC réalisées en 2025 et 2026 comptent automatiquement pour la certification périodique, sans démarche supplémentaire auprès de l'Ordre. La double obligation (DPC + certification) disparaît progressivement. Cette continuité est essentielle à comprendre pour éviter toute situation de non-conformité à l'issue du premier cycle.
Retrouvez un panorama complet des obligations de formation applicables à votre poste dans notre guide sur les formations obligatoires pour l'IDEC en EHPAD.
Après 2027 : HAS et France Compétences aux commandes
La Direction générale de l'offre de soins (DGOS) a précisé le schéma envisagé pour l'après-ANDPC. Le scénario le plus probable prévoit une répartition des rôles entre deux opérateurs :
- La Haute Autorité de santé (HAS) reprendrait le volet scientifique : définition des orientations prioritaires, accréditation des programmes de formation, évaluation de la qualité des actions.
- France Compétences prendrait en charge le financement et la gestion administrative, avec un budget annuel global de l'ordre de 10 milliards d'euros pour l'ensemble de la formation professionnelle.
Ce scénario doit encore faire l'objet de textes réglementaires. Des concertations avec les syndicats infirmiers et les représentants du secteur médico-social se déroulent tout au long de 2026. Du côté syndical, la préoccupation principale porte sur la préservation de crédits de formation dédiés aux infirmiers, notamment libéraux, qui redoutent une dilution dans des structures ignorant leurs réalités de terrain.
Impact pour l'IDEC selon le statut de son établissement
L'IDEC se trouve dans une position spécifique par rapport à cette réforme, car son financement de formation dépend du statut juridique de son EHPAD :
- EHPAD public (Fonction Publique Hospitalière) : les formations sont financées par l'ANFH (Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier), dans le cadre du plan de formation de l'établissement. L'ANFH n'est pas concernée par la dissolution de l'ANDPC et continue à fonctionner normalement. La certification périodique reste néanmoins une obligation individuelle de l'IDEC en tant qu'infirmier diplômé d'État.
- EHPAD privé (non lucratif ou commercial) : le financement passe par OPCO Santé, qui est lui aussi distinct de l'ANDPC. Les modalités de prise en charge pour la certification périodique dans ce secteur sont en cours de précision.
Dans tous les cas, chaque IDEC doit dès maintenant :
- Vérifier son avancement dans son cycle de certification périodique via le portail de l'Ordre national des infirmiers.
- S'assurer que les formations DPC réalisées depuis 2023 sont bien enregistrées et comptabilisées dans son dossier.
- Anticiper les 8 actions à réaliser sur 6 (ou 9) ans en les intégrant au plan de développement des compétences de l'établissement.
- Privilégier les formats présentiel pour maximiser l'indemnisation en 2026.
Que faire concrètement dès maintenant ?
Face à cette période de transition, voici les actions prioritaires pour sécuriser votre parcours de formation :
- Consultez votre tableau de bord DPC sur le site de l'Agence du DPC pour visualiser vos formations enregistrées et vérifier leur prise en compte dans la certification périodique.
- Planifiez vos formations 2026 dès maintenant : les inscriptions sont ouvertes et les places en présentiel se remplissent rapidement.
- Intégrez vos obligations de certification dans le plan de formation pluriannuel de votre établissement, en lien avec votre direction et le service RH.
- Sensibilisez votre équipe IDE aux nouvelles règles d'indemnisation, notamment sur l'e-learning.
- Suivez les annonces réglementaires sur les textes d'application post-2027 qui préciseront le fonctionnement du nouveau système.
Pour les IDEC souhaitant financer leur formation via le Compte Personnel de Formation en complément, notre guide sur le financement de la formation IDEC par le CPF présente les options disponibles. La combinaison CPF + DPC restera possible dans le cadre de la certification périodique.
La réforme du DPC est avant tout une opportunité de simplification d'un système reconnu pour sa complexité administrative. Pour la profession infirmière, l'enjeu est que cette simplification ne se traduise pas par une réduction des moyens alloués à la formation continue, pilier essentiel de la qualité des soins. Les compétences de coordination de l'IDEC méritent d'être constamment actualisées et financées à la hauteur de leur importance dans le système de soins.