Le périmètre de l’enquête et son contexte

L’enquête régionale de la chambre porte sur la prise en charge des personnes âgées en Martinique, un territoire ultramarin. Pour une infirmière coordonnatrice, un tel document n’a pas la valeur d’un texte réglementaire : il rapporte des constats posés à partir d’un échantillon de structures. Cet article les reprend avec leur périmètre exact, puis propose des pistes de lecture pour le pilotage d’un établissement. Pour situer la fonction, le guide sur le rôle de l’IDEC en Ehpad sert de point d’appui.

Le périmètre est précisé dans le rapport d’observations de la chambre : la chambre régionale des comptes de Martinique a procédé à huit contrôles d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Éhpad), et de services autonomie à domicile (Sad). Cet échantillon représente, d’après le rapport, environ 35 % du nombre d’Éhpad de l’île, qui en compte 25. La chambre ajoute qu’il n’est pas pour autant exhaustif. Tout constat cité plus bas vaut donc pour les structures contrôlées, en Martinique, et pour l’année ou la période indiquée : jamais pour l’ensemble des Ehpad de l’île, ni pour l’Hexagone.

Le cadre démographique est posé dans la page de présentation de l’enquête : la Martinique est devenue la région la plus âgée. S’agissant des places, la chambre indique que le nombre (près de 2 000 en 2026) est désormais insuffisant pour faire face au défi de cette prise en charge. Pour replacer ces enjeux dans une perspective nationale, on peut lire l’article consacré au choc démographique en Ehpad.

Le rapport mobilise aussi le PMP, le Pathos moyen pondéré, un indicateur de charge en soins. La chambre écrit que plus le PMP est élevé, plus les résidents nécessitent logiquement des soins médicaux lourds et constants. Pour la Martinique, selon le rapport, le PMP s’établit à 220, en 2025, la moyenne nationale étant estimée à 198,5 points. La comparaison est celle de la source, mais les deux chiffres ne datent pas de la même année : une note du rapport précise que l’étude la plus récente de Uni Santé (2023) est la référence de la moyenne nationale.

Un taux d’encadrement « au chevet » favorable, mais théorique

Le premier constat concerne le taux d’encadrement. Le rapport en donne une définition précise : le taux d’encadrement au chevet correspond à la somme des ETP intervenant directement auprès des usagers pour les soins et l’accompagnement quotidien, divisée par le nombre de résidents effectifs au sein de chaque établissement. L’ETP désigne l’équivalent temps plein.

Dans l’échantillon contrôlé, la chambre indique que ce ratio oscille entre 0,32 et 1,19 ETP par résident. Elle relève, parmi ses constats, un ratio de personnel médico-soignant, au chevet des résidents, supérieur à la moyenne nationale, et considère que, dans les établissements contrôlés, la prise en charge directe au chevet des résidents constitue un atout dans la qualité. Pour le débat national sur ce sujet, voir l’article consacré à l’encadrement en Ehpad et à l’avis du Conseil de l’âge.

La chambre tempère toutefois ce constat : ce niveau d’encadrement demeure en effet théorique compte-tenu des difficultés de gestion du personnel constatées au sein des Éhpad pour les absences et les remplacements notamment.

Des jeunes recrues difficiles à stabiliser

Le deuxième constat touche aux ressources humaines. Les directions des structures contrôlées ont, d’après le rapport, souligné leur difficulté à stabiliser les jeunes recrues (infirmiers, kinésithérapeutes, agents de service hospitalier).

La chambre écrit par ailleurs que cette situation favorable de ratio « au chevet » ne saurait masquer l’existence de pénuries de recrutement du personnel médico-soignant, comme dans l’Hexagone, bien que ces carences apparaissent moins importantes que sur le reste du territoire national. La comparaison avec l’Hexagone et le territoire national est celle du rapport.

Les infirmiers figurent parmi les professions citées. La section consacrée aux pistes revient sur l’accueil et le suivi des nouveaux arrivants.

Médecin coordonnateur et cadre infirmier : une articulation à formaliser

Le rapport consacre un développement au médecin coordonnateur. Dans l’ensemble des Éhpad de l’échantillon la chambre constate la présence effective d’un médecin coordonnateur, à la différence de la situation hexagonale. La chambre souligne cependant que, la présence étant effective, son activité apparaît peu structurée et insuffisamment formalisée ou documentée.

Côté protocoles, le rapport relève que la plupart des médecins coordonnateurs ont mis en place, avec les infirmières coordonnatrices des protocoles comme le dossier de liaison d’urgence, protocole sur les risques de chutes, de prévention d’escarres, etc. La chambre relève cependant que, selon les Éhpad, le degré de formalisation de ces documents est variable. Sur le terrain, la procédure consacrée à la prévention des escarres offre un exemple de document de ce type.

La chambre en tire une invitation, formulée à l’ensemble des établissements : elle invite l’ensemble des établissements à mieux formaliser l’activité du médecin coordonnateur et à favoriser une plus grande articulation entre le médecin et le cadre infirmer des Éhpad (sic). Le registre est celui de l’invitation : la chambre invite, elle n’impose rien, et ce constat porte sur les établissements de l’échantillon, non sur l’ensemble des Ehpad.

Pas de CPOM et des équilibres financiers fragiles

Le dernier volet du rapport est financier. La chambre écrit que les structures contrôlées souffrent de l’absence de contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens en Martinique, leur situation économique et financière demeure fragile, voire menacée dans certains cas. Ces contrats sont communément désignés par le sigle CPOM.

Le rapport précise qu’aucun Éhpad de l'échantillon n'en est doté. Il ajoute : selon les informations recueillies, un seul CPOM a été signé en Martinique.

Sur l’équilibre des comptes, la chambre décrit le maintien d’une certaine soutenabilité budgétaire et financière des Ehpad et Sad contrôlés : c’est, souvent, au prix d’une augmentation des tarifs journaliers à la charge des résidents, et d’une forte rationalisation, en interne, des moyens matériels et humains.

Quelques pistes de lecture pour le pilotage de l’IDEC

Les pistes qui suivent sont une lecture propre à cet article. Elles ne figurent pas comme telles dans le rapport, ne sont pas des recommandations de la chambre et n’ont aucune valeur opposable. Elles ne fixent ni dotation ni ratio.

  • Relire son propre taux d’encadrement : distinguer le niveau théorique, calculé en ETP rapportés aux résidents, de la présence réellement constatée auprès des résidents, service par service.
  • Tracer les absences et les remplacements : un suivi simple et partagé, qui documente l’écart entre l’organisation prévue et l’organisation vécue. Les compétences d’organisation et de pilotage attendues d’une IDEC sont détaillées dans le guide des compétences de l’IDEC.
  • Soigner l’accueil des nouveaux arrivants, en particulier des jeunes infirmiers : référent identifié, points d’étape à intervalles réguliers, retours d’expérience consignés.
  • Formaliser avec le médecin coordonnateur les protocoles courants (dossier de liaison d’urgence, risque de chute, prévention des escarres) : version datée, rédacteur, date de révision, lieu de stockage connu de toute l’équipe.
  • Prévoir un temps régulier d’échange entre le médecin coordonnateur et le cadre infirmier, avec un relevé de décisions, pour que l’articulation ne repose pas sur les seules personnes en poste.
  • Préparer le dialogue de gestion avec la direction : indicateurs de charge en soins, absences, remplacements et protocoles, rassemblés dans un même document. Si un établissement n’est pas couvert par un CPOM, ce dossier sert aussi de base de discussion avec les financeurs.

Ces pistes ont une limite assumée : elles partent de constats de contrôle, sur un territoire ultramarin et un échantillon non exhaustif. Elles invitent à interroger ses propres outils, pas à les aligner sur ceux d’une autre région.

Sources officielles