France Santé : un réseau national pour lutter contre les déserts médicaux

Inscrit dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, le réseau France Santé constitue la réponse gouvernementale la plus ambitieuse à la crise de l'accès aux soins. Inspiré du modèle des Maisons France Service, il vise un objectif simple : permettre à chaque Français d'accéder à une solution de santé à moins de 30 minutes de son domicile et d'obtenir un rendez-vous sous 48 heures.

Le dispositif repose sur la labellisation de structures de proximité — maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), centres de santé, cabinets médicaux et hôpitaux de proximité — qui répondent à des critères exigeants de qualité, d'accessibilité et de coordination. Avec un financement de 130 millions d'euros et un objectif de 2 000 structures labellisées à la mi-2026, puis 5 000 en 2027, l'ambition est considérable.

Les critères de labellisation : ce qu'exige le label France Santé

Pour obtenir le label, les structures doivent remplir plusieurs conditions :

Les structures labellisées pourront bénéficier d'un financement moyen de 50 000 euros destiné à renforcer les équipes soignantes, moderniser les équipements et soutenir les innovations organisationnelles. Le pilotage territorial est assuré conjointement par les Agences régionales de santé (ARS), les préfets, les Conseils départementaux et les CPAM.

Déploiement : où en est-on en mars 2026 ?

Le rythme de déploiement s'accélère dans l'ensemble des régions françaises. Voici un état des lieux des labellisations par territoire :

Chiffres clés par région

Au niveau national, la France comptait déjà environ 2 500 maisons de santé pluriprofessionnelles fin 2023, avec un objectif gouvernemental de 4 000 MSP en 2027. Le réseau France Santé vient structurer et labelliser ce maillage existant tout en accélérant son extension dans les 151 intercommunalités identifiées comme zones prioritaires.

La controverse : un dispositif qui marginalise les infirmiers

Si le principe du réseau France Santé fait consensus, sa mise en œuvre suscite de vives critiques de la part de la profession infirmière. La Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) a publié plusieurs communiqués dénonçant la place accordée aux infirmiers dans le dispositif.

Le constat de la FNI : un rôle subalterne imposé aux infirmiers

Dans le détail du texte législatif, seuls les médecins et les pharmaciens voient leurs missions renforcées avec des financements spécifiques. Les pharmaciens, notamment, se voient confier des missions d'évaluation et de prise en charge de situations cliniques, avec une tarification dédiée. Les infirmiers, eux, ne sont mentionnés que comme membres d'équipes soignantes de soutien, sans reconnaissance de leur expertise ni dispositif financier propre.

La FNI qualifie ce traitement de « marginalisation » et dénonce des « négociations factices » et un « simulacre de concertation ». Le syndicat pointe notamment les délais de négociation conventionnelle jugés irréalistes : en cas d'échec dans un délai de deux mois seulement, les ministres peuvent fixer unilatéralement les conditions par arrêté.

Un paradoxe au regard de la réalité du terrain

Cette mise à l'écart des infirmiers apparaît contradictoire avec la réalité du premier recours en France. Selon l'Ordre national des infirmiers, la densité infirmière est particulièrement élevée dans les zones de sous-dotation médicale : là où les médecins manquent, ce sont les infirmiers qui assurent la continuité des soins.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes :

Quel impact pour les IDEC en EHPAD ?

Pour les infirmières coordinatrices exerçant en EHPAD, le déploiement du réseau France Santé n'est pas anodin. Il redessine le paysage du premier recours autour de l'établissement et modifie les interlocuteurs de la coordination ville-EHPAD.

1. De nouveaux partenaires de coordination

Les structures labellisées France Santé deviennent des interlocuteurs privilégiés pour l'IDEC dans l'organisation des parcours de soins des résidents. La coordination des entrées et sorties d'hospitalisation, le suivi des pathologies chroniques et l'accès aux soins non programmés passent de plus en plus par ces structures de proximité.

2. Le renforcement des CPTS

Les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) constituent le cadre naturel de collaboration entre les EHPAD et le réseau France Santé. L'IDEC a tout intérêt à participer activement aux réunions de la CPTS de son territoire pour faire entendre les besoins spécifiques de ses résidents et tisser des partenariats avec les professionnels de ville.

3. L'enjeu de la consultation infirmière

Le décret du 24 décembre 2025 consacre la consultation infirmière et le diagnostic infirmier. Dans le cadre du réseau France Santé, cette nouvelle compétence pourrait permettre aux infirmiers — y compris les IDEC — de réaliser des consultations structurées au sein des structures labellisées, en complémentarité avec le médecin traitant et le médecin coordonnateur de l'EHPAD.

4. La question du financement de la coordination

L'absence de financement spécifique pour les infirmiers dans le dispositif France Santé pose la question plus large de la valorisation du travail de coordination. Si les MSP reçoivent 50 000 euros en moyenne pour structurer leur offre, aucune enveloppe dédiée ne vient soutenir le temps de coordination infirmière — un temps pourtant considérable dans le parcours de soins des personnes âgées.

Les revendications de la profession : ce qui est demandé

Face à cette situation, les organisations professionnelles infirmières formulent des demandes précises :

La Cour des comptes elle-même plaide pour une meilleure coopération entre professionnels de santé et recommande d'améliorer la coordination, estimant que l'organisation des soins de premier recours n'a pas été suffisamment structurée comme politique publique.

Et maintenant ? Les prochaines étapes à suivre

Plusieurs échéances rythmeront les prochains mois :

Pour les IDEC, suivre de près l'évolution du réseau France Santé est essentiel. Que l'on exerce en zone urbaine ou rurale, en EHPAD public ou privé, le maillage territorial des soins de premier recours conditionne directement la qualité de la prise en charge des résidents. Et dans ce maillage, l'infirmier — coordinateur, libéral ou salarié — reste, comme le rappelle la FNI, un acteur incontournable du premier recours.

Le débat autour du réseau France Santé illustre un enjeu récurrent pour la profession : faire reconnaître que la coordination des soins n'est pas un acte accessoire, mais le cœur même de l'exercice infirmier en 2026. Un combat que chaque IDEC peut porter à son échelle, en s'impliquant dans les instances de gouvernance territoriale et en faisant valoir son expertise auprès de ses partenaires.