L'IPA en EHPAD : une figure clinique qui s'installe progressivement
Créé par la loi de modernisation du système de santé en 2016 et entré en vigueur par décret en juillet 2018, l'infirmier en pratique avancée (IPA) exerce des missions cliniques élargies, à l'interface de l'exercice infirmier et de l'exercice médical. Titulaire d'un diplôme d'État conférant un grade de master après deux années de formation universitaire (et au moins trois ans d'exercice infirmier préalable), l'IPA peut réaliser des actes techniques et de surveillance clinique approfondis, prescrire des examens complémentaires, renouveler et adapter des traitements médicaux, et conduire des actions d'éducation thérapeutique.
Longtemps concentrés dans les services hospitaliers et les maisons de santé pluriprofessionnelles, les IPA sont désormais encouragés à exercer en établissements médico-sociaux, et notamment en EHPAD. Ce déploiement répond à un double enjeu : améliorer la qualité des soins pour des résidents souvent polypathologiques, et réduire le recours aux urgences en renforçant la capacité de prise en charge clinique sur place.
Depuis le 22 janvier 2025, les patients peuvent accéder directement à un IPA sans passer préalablement par un médecin, dès lors que cet IPA exerce dans un établissement de santé ou médico-social — comme un EHPAD — ou dans une structure d'exercice coordonné. Cette ouverture de l'accès direct aux IPA renforce encore l'intérêt de leur déploiement en EHPAD.
Les ARS mobilisent des financements spécifiques pour 2026
Face à la pénurie de médecins généralistes et à la complexité croissante des profils des résidents, plusieurs agences régionales de santé ont lancé des appels à candidatures pour financer le recrutement et la formation d'IPA dans le secteur médico-social. Ce mouvement s'inscrit dans une dynamique nationale portée par les pouvoirs publics pour accélérer le déploiement de la pratique avancée infirmière.
Île-de-France : jusqu'à 25 000 € par an par IPA en EHPAD
L'ARS Île-de-France a lancé sa campagne 2026 pour le déploiement des IPA, avec un dépôt de dossiers ouvert du 4 mars au 12 mai 2026 sur la plateforme Démarches Simplifiées. Pour les établissements médico-sociaux, la subvention peut atteindre 25 000 € par an et par IPA, via le Fonds d'Intervention Régional (FIR). Deux webinaires d'information ont été proposés le 30 mars 2026. Les résultats seront notifiés début juillet 2026, avec un déblocage des fonds prévu au plus tard en décembre 2026. Les projets impliquant plusieurs EHPAD et prévoyant une coordination inter-établissements sont désignés comme prioritaires, tout comme les dossiers émanant des zones sous-dotées (grande couronne, département 93).
Pays de la Loire : financement de la première année de recrutement
L'ARS Pays de la Loire a mis en place un dispositif complémentaire : elle finance directement la première année de recrutement d'un IPA, sous réserve que le poste soit mutualisé entre plusieurs EHPAD. Ce modèle de mutualisation est au cœur de la stratégie des ARS : il permet à des établissements de taille modeste de bénéficier des compétences d'un IPA sans devoir financer un temps plein sur leur seul budget. Les établissements s'engagent en contrepartie à maintenir le poste durablement et à signer une convention bipartite de financement avec l'ARS.
Nouvelle-Aquitaine : 585 000 € investis en 2025, poursuite en 2026
Pionnière dans ce domaine, l'ARS Nouvelle-Aquitaine avait soutenu en 2025 41 nouveaux projets de formation IPA pour un montant total de 585 000 euros. Cette dynamique régionale se poursuit en 2026, illustrant une mobilisation croissante pour accélérer le déploiement des IPA dans l'ensemble du système de soins, médico-social inclus.
Financement de la formation : ce que l'IDEC doit savoir
Pour un infirmier salarié d'un EHPAD public souhaitant se former en pratique avancée, le financement de droit commun passe par l'ANFH (Association Nationale pour la Formation permanente du personnel Hospitalier). Pour les établissements privés et associatifs, c'est l'OPCO Santé qui est l'interlocuteur de référence. Les ARS interviennent en complément, via le FIR, pour des projets spécifiquement orientés vers le renforcement territorial de l'offre de soins en EHPAD. Ces trois sources de financement peuvent, dans certains cas, se combiner.
Les candidatures aux masters IPA pour la rentrée 2026-2027 sont actuellement ouvertes dans la plupart des universités habilitées. À titre d'exemples : l'Université d'Aix-Marseille acceptait les dossiers jusqu'au 17 avril 2026, Nantes Université ouvre ses candidatures jusqu'au 31 mai 2026, et l'Université Côte d'Azur reçoit les dossiers jusqu'au 21 mai 2026. Pour les informations relatives aux financements de formation disponibles pour les infirmiers, SOS IDEC publie régulièrement des ressources actualisées.
Ce que l'arrivée d'un IPA change pour l'IDEC au quotidien
L'arrivée d'un IPA dans un EHPAD constitue une nouveauté managériale significative pour l'infirmière coordinatrice. Si l'IPA n'est pas hiérarchiquement subordonné à l'IDEC — il exerce ses compétences en propre, dans le cadre d'une collaboration avec le médecin coordonnateur — leur coopération au quotidien doit être pensée et organisée dès l'intégration.
Clarifier les périmètres d'intervention de chacun
L'un des premiers enjeux est de définir les rôles respectifs de l'IDE, de l'IDEC et de l'IPA. L'IPA prend en charge le suivi clinique approfondi de résidents présentant des pathologies chroniques stabilisées, peut ajuster les traitements dans le cadre de protocoles co-élaborés avec le médecin coordonnateur, et conduit des évaluations cliniques que les IDE ne réalisent pas habituellement. L'IDEC, quant à elle, conserve son rôle de coordination globale des soins, de management de l'équipe infirmière et de pilotage de la démarche qualité.
Bien organisée, cette cohabitation peut permettre à l'IDEC de se consacrer davantage à ses missions de management et de coordination en déléguant certaines situations cliniques complexes à l'IPA. C'est une évolution de la fonction d'IDEC qui mérite d'être anticipée sereinement.
Intégrer l'IPA dans les protocoles et les instances
L'arrivée d'un IPA implique souvent de revoir certains protocoles de soins pour y intégrer ses compétences spécifiques. Les protocoles de surveillance des plaies chroniques, de gestion des patients sous anticoagulants ou de prise en charge de la douleur peuvent ainsi être enrichis par l'expertise clinique de l'IPA. De même, cet infirmier de niveau master doit être intégré aux instances pluridisciplinaires de l'établissement : staff médical, réunions de cas complexes, commissions de coordination gériatrique.
Le modèle mutualisé : une coordination inter-EHPAD à organiser
Lorsque l'IPA intervient dans plusieurs EHPAD — comme le prévoit le dispositif ARS Pays de la Loire — la coordination entre établissements devient cruciale. L'IDEC doit s'articuler avec ses homologues des autres structures pour planifier les interventions de l'IPA, gérer les priorités et assurer la continuité du suivi des résidents entre les passages. Cette logique territoriale rejoint celle qui se développe dans le cadre des GTSMS et des démarches de coopération inter-EHPAD.
Un mouvement de fond pour la coordination infirmière
En 2026, les IPA restent encore peu nombreux en France — moins de 4 000 professionnels formés pour plus de 640 000 infirmières. Mais leur déploiement progressif en EHPAD, soutenu par les ARS et les universités, constitue un mouvement structurant qui redéfinit les contours de la coordination infirmière en établissement médico-social.
Pour l'IDEC, l'IPA n'est pas une menace mais un allié clinique potentiel : il apporte des compétences complémentaires qui renforcent la capacité de l'établissement à prendre en charge des résidents de plus en plus dépendants et polypathologiques, et contribue à valoriser collectivement la profession infirmière. Pour approfondir la question du développement des compétences de l'IDEC dans ce nouveau contexte, SOS IDEC propose des ressources dédiées. Pour consulter les modalités de financement de la formation IPA dans votre région, rendez-vous sur le site de votre ARS régionale.
À retenir pour l'IDEC
- Plusieurs ARS financent en 2026 le déploiement d'IPA mutualisés en EHPAD (jusqu'à 25 000 €/an en Île-de-France, financement de la 1ère année en Pays de la Loire).
- L'accès direct à un IPA sans prescription médicale est effectif depuis janvier 2025, y compris en établissement médico-social.
- L'IDEC doit anticiper l'intégration de l'IPA dans l'organisation des soins, les protocoles et les instances pluridisciplinaires.
- La formation IPA (master, 2 ans) est finançable via l'ANFH pour les salariés publics et OPCO Santé pour le secteur privé.
- Les candidatures pour la rentrée 2026-2027 sont actuellement ouvertes dans la plupart des universités accréditées.