Un plan régional, à lire comme tel
Le plan « Bien vieillir en Grand Est » est porté par l'ARS Grand Est : sa portée est régionale. Rien de ce qui suit ne se transpose à une autre région ni à l'ensemble du pays. Les deux documents utilisés ici sont la page de présentation du plan et la brochure consacrée à la stratégie. Les passages qui concernent l'IDEC sont, eux, des lectures propres à cet article : ils ne figurent dans aucun des deux documents.
La page pose d'abord un constat démographique : « D’ici 2050, la région comptera près de 900 000 personnes âgées de 75 ans et plus, soit presque deux fois plus qu’aujourd’hui. » Elle ajoute : « Environ 224 600 personnes seront en perte d’autonomie, dont près de 78 800 en perte d’autonomie dite sévère. »
Pour les établissements, la page formule une hypothèse prudente : « Avec le vieillissement de la population dans certains départements, les EHPAD pourraient accueillir davantage de personnes âgées très dépendantes ou présentant des situations complexes. » La brochure est plus affirmative sur ce point : « Les EHPAD accueilleront de plus en plus de personnes âgées très dépendantes ou présentant des situations complexes, ce que démontre d’ores et déjà l’activité des dernières années ». Pour une IDEC, c'est le contexte dans lequel s'inscrivent les orientations décrites ci-dessous.
L'Ehpad comme ressource territoriale
Le fil conducteur tient en une phrase de la page : l'ARS Grand Est prévoit ainsi de poursuivre son soutien aux investissements immobiliers, mobiliers et numériques, de renforcer l’expertise soignante, y compris la nuit, et de faire évoluer certains établissements vers des « EHPAD-hubs territoriaux ». La page détaille l'objectif : faire de l’EHPAD une plateforme de ressources et de services pour son bassin de vie, au bénéfice des résidents mais aussi des personnes âgées vivant à domicile et des professionnels qui les accompagnent.
La page poursuit : « Cette évolution repose notamment sur le développement des coopérations entre EHPAD, médecine de ville et établissements de santé, la mutualisation d’équipes mobiles, le développement de l’hospitalisation à domicile (HAD) en EHPAD ou encore de l’accueil de nuit. »
La brochure reprend l'orientation avec ses propres mots : « Les EHPAD doivent évoluer et devenir une ressource territoriale sur leur bassin de vie pour le Grand Âge ». Elle énumère aussi : « Cibler des EHPAD-hubs territoriaux comme plateformes de services complets pour tout un quartier/bassin de vie ». Elle décrit enfin un changement de logique : « Passer d’un modèle linéaire centré sur l’entrée en établissement à une logique de parcours : prévenir plus tôt, soutenir davantage au domicile, développer l’offre intermédiaire et faire de l’EHPAD un expert du Grand âge, un « hub territorial » sur son bassin de vie pour tout sénior. »
Lecture propre à cet article : pour l'IDEC, qui coordonne l'équipe soignante, une question se pose : quelle part de l'activité pourrait s'exercer en lien avec l'extérieur ?
Expertise soignante, la nuit comprise, et investissements
Deux entrées de la brochure concernent directement l'organisation interne. La première porte sur les investissements : « Poursuivre le soutien aux investissements immobilier, mobilier et numériques ». La seconde est formulée en une ligne : « Renforcer l’expertise soignante y compris la nuit ».
Dans l'axe de la page consacré à la formation et à la fidélisation des professionnels du grand âge, qui ne nomme pas l'Ehpad, plusieurs outils sont cités : « Robotique d’assistance, télémédecine, téléconsultation gériatrique, téléexpertise ou intelligence artificielle peuvent notamment contribuer à faciliter l’accès à l’expertise, réduire certaines tâches pénibles et libérer du temps pour les professionnels. »
Lecture propre à cet article : la mention de la nuit et celle de la téléexpertise peuvent être rapprochées dans la réflexion de l'IDEC, sans que les documents établissent eux-mêmes ce lien. Une piste consiste à partir de l'existant : lister, avec les équipes de nuit, les situations qui ont mis l'équipe en difficulté, les appels passés et les ressources mobilisées. Pour situer ce travail dans le poste, voir le rôle de l'IDEC en Ehpad.
Accueil de jour, hébergement temporaire, accueil de nuit, centres de ressources
Le plan comprend un volet sur les solutions intermédiaires. La page énonce : « Les séjours de répit pour les aidants et leurs proches, le relayage à domicile, l’accueil de jour, l’hébergement temporaire et l’accueil de nuit en EHPAD doivent également être développés. » La brochure retient une formule voisine : « Soutenir le recours à l’accueil de jour, l’hébergement temporaire et l’accueil de nuit en EHPAD ».
Concernant les situations liées à la maladie d'Alzheimer, la page indique que l'ARS cible ainsi le déploiement de 49 nouvelles places d’équipes spécialisées Alzheimer (ESA) sur la durée du plan pour accompagner à domicile les personnes atteintes d'Alzheimer et 36 nouveaux pôles d’activités et de soins adaptés (PASA) en EHPAD.
Le maillage du territoire passe aussi par les centres de ressources territoriaux. La page indique que le maillage territorial sera également développé pour atteindre 42 centres de ressources territoriaux (CRT) en 2028. Les CRT proposent un accompagnement renforcé aux personnes âgées vivant à domicile et apportent leur expertise aux professionnels qui les accompagnent. La brochure fait de ce maillage un objectif chiffré, à hauteur de 42 Centres de Ressources Territoriaux (CRT) en Grand Est dès 2028 pour permettre de bien vieillir à domicile avec un accompagnement expert, et former/accompagner les intervenants professionnels.
Lecture propre à cet article, là encore : une IDEC dont l'établissement serait concerné par l'une de ces offres pourrait se demander comment elles s'articulent avec l'organisation des soins. Première piste : repérer, sur le bassin de vie, les acteurs que la page nomme comme partenaires possibles, médecine de ville, établissements de santé, équipes mobiles, HAD, et noter qui joue déjà un rôle auprès de l'équipe. Deuxième piste : en cas de projet d'accueil de jour, d'hébergement temporaire ou d'accueil de nuit, faire valoir le regard soignant dès la réflexion sur les profils accueillis et sur les temps de présence de l'équipe. Le financement et le calendrier d'un tel projet relèveraient d'échanges avec la direction de l'établissement.
Formation, attractivité et fidélisation des métiers
Le plan inclut un volet sur les ressources humaines. La page précise que l'ARS agit avec les acteurs de la formation pour faire connaître ces métiers, développer la formation continue et les parcours professionnels, améliorer les conditions de travail et accompagner l’innovation. La brochure formule deux entrées : « Renforcer les Campus des Métiers du Grand Âge et développer des formations en alternance », puis « Les métiers du grand âge doivent être valorisés et reconnus pour attirer et fidéliser ».
Elle résume enfin ce que suppose la démarche : « Cela suppose d’agir tôt, de soutenir le maintien à domicile, de renforcer les solutions intermédiaires, de faire des EHPAD des lieux experts de la gériatrie et de mieux coordonner les acteurs du soin, de l'accompagnement, du logement et de la vie locale. »
Pour l'IDEC, la formation continue est un sujet de pilotage d'équipe. Une piste serait de relire le plan de formation de l'établissement au regard des orientations citées plus haut : expertise soignante, nuit, coopérations. Un tel exercice resterait une lecture interne, à valider avec la direction. Pour préparer ce travail, voir le dossier sur les formations de l'IDEC en Ehpad et, pour explorer l'offre disponible, les formations proposées sur le site.
Quelques pistes pour l'IDEC
Les orientations du plan sont régionales et la façon dont chaque établissement s'en saisit dépend de son territoire. Les pistes ci-dessous sont proposées comme une grille de lecture, et non comme des étapes prévues par l'ARS.
- Se positionner dans les coopérations du territoire : identifier, avec la direction, les partenaires de santé du bassin de vie et la place que l'équipe soignante pourrait y prendre.
- Préparer l'expertise nocturne : recenser les situations rencontrées la nuit, faire le point sur les ressources d'appui disponibles et sur les besoins de l'équipe.
- Suivre les offres intermédiaires : si l'établissement envisage l'accueil de jour, temporaire ou de nuit, anticiper l'organisation des soins qui en découlerait.
- Articuler formation et projet de soins : relire le plan de formation à la lumière de ces orientations.
Pour replacer ces pistes dans l'ensemble des missions de coordination, voir le guide du métier d'IDEC.
